Mélanie était resplendissante ce soir-là. Didier la dévorait des yeux. Elle lui avait donné rendez-vous dans un petit bar discret d’une rue peu passante, les rares autres clients masculins n’avaient d’yeux que pour ses longues jambes dévoilées par une jupe assez courte. Didier était plus pudique dans ses égarements. Il ne lorgnait pas son décolleté, sauf s’il était certain qu’elle ne pouvait le surprendre, et préférait la regarder dans les yeux. D’ailleurs, elle les avait somptueux, d’un vert clair absolument divin. Il aurait pu passer des heures à observer les nuances de ses iris, avec une certaine fascination. Mélanie était captivante. C’était pour cela qu’il avait accepté son invitation sans l’ombre d’une hésitation.
— Vous savez que j’ai pensé à me casser une jambe ?
— Pourquoi feriez-vous cela ? demanda Didier, interloqué.
— Pour retourner vous voir.

Il en resta coi quelques instants avant de répondre :
— C’est très flatteur…

Mélanie rougit de son audace, mais s’empressa d’ajouter :
— Pour vos massages !
— Ah oui, mes massages…
— Je… je dois dire que j’y ai beaucoup repensé. J’avais très envie d’un autre massage. Vous avez des mains si…

Didier pencha la tête et observa sa belle interlocutrice.
— Uniquement mes mains ?

Mélanie vira pivoine. Non, bien sûr que non, pas uniquement ses mains. Ses yeux qui la déshabillaient, sa voix qui l’hypnotisait, ses puissants bras qui la manipulaient, son petit cul musclé et puis sa queue, évidemment.
— Oui, bien sûr, uniquement vos mains, quoi d’autre ?

Didier sourit en secouant la tête :
— Oh non, rien d’autre. Et donc c’est pour cela que vous m’avez invité, pour parler de mes massages ?
— Exactement. Comme je n’ai finalement pas envie de me casser une jambe pour vous revoir, j’ai pensé vous inviter dans ce bar. Ce n’était pas une bonne idée ?

Elle fit courir un sourire complice sur son visage d’ange. Didier sirota son verre de vin, s’enivrant des parfums mêlés du Bordeaux et de la jeune femme en face de lui. Il entra dans son jeu :
— Je ne pratique aucun massage en dehors du cabinet, d’ordinaire.
— À vrai dire, je ne comptais pas vous inviter chez moi, répliqua la jolie brune.
— Je ne comprends pas.
— J’aimerais une nouvelle séance.
— Vous voulez un nouveau massage, dans mon cabinet ? demanda Didier en fronçant les sourcils.
— Oui, tout à fait. Un massage exclusif.

Petit silence, Mélanie était amusée, Didier perplexe. Il ne savait finalement plus s’il avait bien compris le sous-entendu. Était-ce véritablement une invitation licencieuse ? Il hésita :
— C’est que… je ne suis pas certain… enfin… d’avoir compris ce que…

La belle brune rit de le voir si gêné. Elle héla un serveur et lui demanda un deuxième verre pour chacun. Une fois servie, elle leva son verre et lui sourit avant de le déguster. Le silence était pesant, palpable, terriblement érotique.
— Qu’est-ce que vous n’avez pas compris dans ma proposition ? fit-elle finalement avec un sourire en coin.
— Est-ce qu’on parle d’un massage… purement professionnel ?
— À votre avis ?
— Je… je crois que non, mais je ne voudrais pas paraître irrespectueux…

Mélanie posa son verre et retira un bouton de son chemisier, laissant entrevoir davantage son décolleté. Didier n’osa y jeter un œil et déglutit. Il lança des regards furtifs sur les autres clients et rougit violemment à l’idée d’être observé dans cette situation gênante.
— Vous pouvez regarder. Ça vous plaît ?

Le beau masseur respira un grand coup pour se donner du courage puis répondit :
— Écoutez, je ne sais pas ce que vous attendez de moi, j’aime beaucoup les non-dits et les sous-entendus, mais avec une quasi-inconnue, c’est difficile à décrypter.

Mélanie renifla. Elle le fixa dans les yeux tandis qu’il rougissait encore davantage. Puis elle rit en plaçant sa main devant sa bouche, discrètement.
— Vous savez que vous êtes terriblement craquant quand vous faites le timide ?

Elle posa ses coudes sur la table et s’avança un peu plus, rendant de plus en plus difficile pour Didier de ne pas remarquer l’aisance de ses seins voluptueux. Elle retira ses lunettes et détacha ses cheveux. Didier déglutit et s’accrocha à son siège. Elle déclama, calmement, d’une voix presque monocorde :
— Évidemment que je vous drague. Si je retire un bouton de mon chemisier, ce n’est pas assez explicite ? Vous avez si peur des femmes qu’il faut que vous entendiez de leur bouche ce qu’elles veulent de vous ? Vous êtes si peu sûr de vous qu’il faut qu’elles vous disent que vous leur plaisez ? Oui, vous me plaisez. À vrai dire, je vous trouve totalement craquant. J’ai la culotte mouillée rien qu’à l’évocation de vos massages. Évidemment que je parle de notre dernière rencontre et de votre massage spécial. J’en rêve encore, souvent, ça m’obsède, j’ai besoin d’autres séances. Je veux me faire masser, je veux vos caresses sur mon corps, je veux être nue sous vos doigts, je veux m’offrir entièrement à vous. Je veux que vous me dirigiez, que vous me manipuliez, je veux être à votre merci, je veux que vous m’imposiez vos désirs et je vous obéirai. Est-ce que c’est assez explicite, maintenant ?

Didier était rouge de confusion et d’excitation. Il hocha frénétiquement la tête sans savoir quoi répondre. Mélanie attendit, le fixant de son regard de braise. Il osa enfin rompre le silence avec un simple, direct, mais terrifiant mot :
— Quand ?
— Je ne sais pas. Quand vous n’y penserez plus. Vous terminez vos séances à quelle heure ?
— Dix-neuf heures.

*

Les jours suivants furent longs pour le tendre quadragénaire, peu habitué à une telle tension érotique. Chaque soir, après sa dernière séance, il raccompagnait son client en personne jusque sur le perron de son cabinet, espérant y trouver Mélanie. Mais pendant onze soirs de suite, il resta bredouille, terriblement frustré. Onze, c’était long, quand on attendait quelque chose d’aussi prometteur, d’aussi excitant. Mais onze, ce n’était pas assez long pour capituler, pour renoncer, pour commencer à imaginer qu’elle vous avait laissé tomber. C’était probablement juste ce qu’il fallait pour que Didier soit au paroxysme de son désir.

C’est ainsi que le douzième jour après leur rencontre, en début d’après-midi, alors qu’il courait en tout sens, de la salle de sport aux cabines, des cabines au petit salon, du petit salon à la salle d’attente, en passant par son bureau et les sanitaires, il tomba nez à nez avec Mélanie, emmitouflée dans un grand trench-coat brun, un sourire euphorique d’une oreille à l’autre. Il en resta bouche bée un instant avant de demander :
— Mais, que faites-vous là ?
— Je viens pour ma séance vous n’avez pas oublié ?
— Non, non, bien entendu. Mais…
— Cette cabine est libre, n’est-ce pas ? le coupa-t-elle.

Il la suivit en balbutiant et tenta de reprendre ses esprits :
— J’ai du monde à cette heure-ci, vous ne devriez…

Il s’arrêta net, stupéfait. Mélanie venait d’écarter les pans de son imperméable et se présenta nue, divine vision, diaphane beauté au grain de peau délicat, ses deux seins ronds appelant son regard exalté par une si longue attente. Didier mit plusieurs interminables secondes à réagir. Il ferma précipitamment le rideau de la cabine et chuchota :
— Mais qu’est-ce que vous faites ?

Il était rouge, tant de confusion que d’excitation. Elle baissa ses bras et le manteau glissa jusqu’au sol, la révélant comme une antique apparition, une déesse magique, une fée, celle que tous les masseurs rêvent un jour de rencontrer.
— Je m’offre à vous, comme convenu.

Il aurait voulu lui dire que ce n’était vraiment pas le moment, que Madame Bonnet dans la cabine à côté allait les entendre, qu’elle devait partir immédiatement, qu’elle pouvait revenir le soir, qu’il devait s’occuper de la cheville de la petite Clémentine, qui n’était qu’une ado d’ailleurs, elle pouvait les entendre, que c’était totalement indécent, il aurait vraiment voulu lui dire cela, sa raison le lui dictait. Mais tout à côté de la raison, il y avait ses tripes, colossales, avides, gourmandes, obnubilées, qui menaçaient le dernier bastion de rationalité de Didier d’un impérieux coup de trique tendue.

Il resta immobile, ne sachant comment réagir. Mélanie hocha la tête et s’allongea sur la table de massage de la cabine, sur le ventre, lui offrant pour la première fois la vue de ses belles fesses rondes. Il hésita. Il avait d’autres patients à traiter, il ne pouvait les abandonner comme cela. Mélanie le rassura :
— Je suis à votre disposition. Si vous avez d’autres personnes à vous occuper, je peux attendre, toute la journée s’il le faut.

Didier hocha la tête et dit :
— Oui, je dois terminer au moins avec la dame qui est à côté, je…

Mélanie se tourna vers lui et lui sourit, le coupant dans son élan. Elle répondit :
— Je vous le répète, je suis entièrement à votre disposition, absolument, totalement à vous. Ne vous justifiez pas, ne vous excusez pas, imposez-moi.

Elle reposa sa tête sur ses bras et ferma les yeux, apaisée. Il allait ajouter quelque chose quand il réalisa que c’était inutile. Il sortit discrètement de la cabine pour s’occuper de celle voisine, où une dame d’une cinquantaine d’années attendait pour un massage plus traditionnel. Quand il eut terminé, il passa dans la salle de sport donner ses indications aux deux patients présents puis, le cœur battant, pénétra dans la cabine de Mélanie. Il ne savait pas si elle dormait ou l’attendait toujours. S’approchant doucement, il posa une main chaude et douce sur la cuisse gauche de la délicieuse brune. Elle ne réagit pas. Peut-être dormait-elle vraiment ? Il fit glisser sa main le long de la jambe jusqu’au talon, sans davantage de réaction. Il commença alors un massage sur ses deux jambes, s’aidant d’une goutte d’huile. Elle respirait doucement, calmement. Quand il remonta doucement, il s’attarda sur les fesses rondes et charnues de sa patiente. Il risqua un œil sur son entrejambe naissant, petits replis de chairs tendres et appétissantes. Il se sentit à l’étroit dans son pantalon et décida de retourner à ses occupations professionnelles avant que cela ne devienne déplacé.

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