Suite du dossier Sextoy Story #Part1 & #Part2

SEXTOY ET CULTURE PORN

Les jouets pour adultes entretiennent une relation compliquée avec le porno. Ce “mauvais genre”, à la fois miroir et bouc-émissaire de la société, a toujours lorgné du côté des innovations technologiques et parfois été à leur initiative. Pas étonnant qu’il ait fait du sextoy l’un de ses acteurs fétiches. Gode-ceinture, plug anal, poupée gonflable… À chaque gadget son lot de vidéos. Hélas, animés par une stratégie marketing emprunte de clichés et de contraintes, les fabricants de plaisir n’ont cessé de mettre le grand méchant X à distance. Les liens sont évidents, mais implicites. Alors, peut-on dire que le sextoy appartient à la culture porn ?

Steve Thomson : “Quand on a créé Lelo, le business du sextoy était plein de produits cheap, ni esthétiques, ni sensuels, souvent associés à l’industrie porno. En modernisant leur design et leur image, notre société a participé à améliorer leur réputation.”

Nicolas Busnel : “Utiliser un sextoy, c’est être acteur de sa sexualité. On peut aimer des pratiques variées, à partir du moment où on ne les filme pas pour les diffuser, ça relève de l’intimité, pas de la pornographie.

Sébastien Wesolowski : “Porno et sextoy sont un peu comme café et clope : chacun dans son coin, c’est bien, les deux mélangés, c’est mieux. D’ailleurs, les nouvelles offres de divertissement pour adultes les mêlent de plus en plus en misant sur la réalité augmentée ou virtuelle. On peut synchroniser des films avec son Fleshlight !”

MASCULIN, FEMININ, UNE OFFRE PARITAIRE ?

“Il y en pour tous les goûts, les sexes et les orifices,” lance Christian, réjoui par la variété des sextoys. Chez lui, il en a une petite collection qu’il garde dans un placard pour ses potentielles maîtresses. “L’offre a explosé entre 2007 et 2010. Aujourd’hui, ça se rééquilibre,” détaille Nicolas Busnel. Dans le même temps, la demande augmente, ce que confirme une étude de PriceMinister-Rakuten sur les 100.000 transactions réalisées en 2013 dans ledit rayon, parmi ses 20 millions de membres. De 2010 à 2013, son chiffre d’affaires a connu une hausse record de 54% dans cette catégorie, et le nombre d’articles vendus de 58%. D’après Steve Thomson, en 2015, “on possèderait deux sextoys de plus chacun par rapport à 2011”. Mais à quoi ressemblent ces consommateurs ?

Chez Lelo et Lovely Planet, c’est du 50/50 hommes-femmes. Chez PriceMinister, on passe à 70/30. Et la moyenne d’âge se situe autour de 35 ans. Achat personnel, cadeau à un amant ou un ami : on reste dans le domaine de l’intime. Par ailleurs, depuis dix ans, l’utilisation dans le cadre du couple se développe. Steve Thomson le confirme : “70% de nos clients sont des couples, ce qui peut surprendre. Ils sont investis dans le plaisir de leurs partenaires.” Marie ne s’en cache pas, les sextoys font partie de sa routine sexuelle : “J’ai de grandes difficultés à jouir sans. Avec mon copain, on s’en sert deux fois sur trois.” Son préféré ? Un rabbit rose avec double-stimulation vaginale et clitoridienne.

“La diversité de l’offre pour les femmes sera toujours supérieure à celle pour les hommes, simplement parce que la physionomie féminine permet plus de choses, analyse Sébastien Wesolowski. Peut-être, mais le catalogue masculin s’étend avec des modèles moins figuratifs. “La grosse vulve en silicone rose, ça rebute un peu !” plaisante-t-il. Justement, Lelo a lancé quatre marques de masseurs de la prostate – HUGO, BRUNO, LOKI et LOKI Wave – cet automne, et son public masculin s’est déployé. Pour Nicolas Busnel, l’achat d’un sextoy s’assume aussi facilement pour les deux sexes : “Ce sont des objets dont on n’a pas besoin, mais dont on peut avoir envie, et que l’on a le droit de laisser traîner chez soi sans passer pour un fou.”

RETOUR VERS LE FUTUR

La première ère d’innovations technologiques et marketing a débuté en 2010. Sextoys lumineux, fluorescents, rechargeables, multifonctions… Bon nombre de produits assez peu consommés. “Ces tentatives maladroites s’accompagnent d’une augmentation des tarifs, mais pas forcément de la qualité. Par exemple, sur un produit-phare comme le rabbit, on est passé d’une cinquantaine d’euros à 200 euros, sans avoir plus de garantie satisfaction,” regrette Nicolas Busnel. Le sextoy du futur, il l’imagine ergonomique, adapté aux morphologies et aux désirs de ses utilisateurs. “Ils seront de plus en plus sérieux et pas forcément tape-à-l’œil d’un point de vue marketing.” Sur le même credo, Lelo compte poursuivre sa conquête du monde avec du “qualitatif”.

Majoritairement fabriqués par les Américains, à la chaîne et en Chine, les sextoys en silicone et autres latex ne sont pas toujours respectueux de l’humain et de l’environnement. Des initiatives essaient de contrer ces pratiques de masse. L’association Plaisir de France créée le 21 mai 2013 regroupe plusieurs artisans, dont Passage du désir et La tour est folle, et défend “L’érotisme à la française”. Un made in France auquel Nicolas Busnel peine à croire : “Si l’on veut sauver l’industrie hexagonale, ce n’est pas dans le sextoy qu’il faut se lancer !” Le site Arbre des plaisirs, lui, se revendique comme la première boutique de sextoys sans phtalates, ces produits chimiques dangereux pour la santé et interdits depuis le 3 mai 2011 par le parlement. Dis, tu en penses quoi, Nicolas Hulot, du dildo écolo ?

Le virtuel et les objets connectés offrent un scénario futuriste. Des start-up s’y intéressent déjà : B.Sensory, Kiiroo, Lovense… Christian imagine la combinaison d’un site, de sextoys wifi et de casques de réalité virtuelle : “Dans l’esprit de la plateforme Chatroulette, le hasard déciderait de la personne avec qui l’on jouerait via webcams interposées. Pour l’instant, difficile d’envisager un modèle global quand on sait que les grands groupes de télécommunication et d’informatique comme Google et Apple ne sont pas les meilleurs amis de l’érotisme. De son côté, Alix rêve de la dématérialisation totale : “Peut-être que l’on va inventer une machine qui provoquera un orgasme à distance en interagissant directement avec le cerveau et plus avec le corps ?” Rendez-vous dans dix ans.

 

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