2èeme partie de notre dossier, retrouver Sextoy Story #Part1 & Part3

LA REVOLUTION INTERNET

Le e-commerce est l’héritier des catalogues de VPC créés au XIXe siècle, puis des transactions financières effectuées sur le Minitel à partir des 80’s. Il s’est naturellement développé avec la démocratisation d’Internet. Dès la fin des années 90, apparaissent les premiers achats en ligne. Le marché du sextoy n’a pas échappé à cette nouveauté. Sébastien Wesolowski, rédacteur pour Le Tag Parfait, souligne la simplificité et la diversité intrinsèques à ce medium : “C’est d’abord une histoire d’accès du grand public aux sextoys. Comme pour le porno, quelques décennies plus tôt, s’en procurer impliquait de passer la porte d’un établissement bizarre.” Désormais, les consommateurs ont beaucoup plus d’informations et de choix.

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Nicolas Busnel parle de révolution : “C’est fabuleux ! Si on enlève le Web, l’offre devient très réduite car il y a peu de sexshops en France. Néanmoins, les ventes sont réalisées à 50% sur Internet et 50% dans les magasins.” On observe deux types de sites : les spécialisés comme SexyAvenue, SexyPrivé et Dorcel Store – la boutique du roi du X français –, et les généralistes comme Amazon et PriceMinister. Lelo distribue ses produits sur ces différentes plateformes à travers le monde. Steve Thomson met en avant le caractère déculpabilisant des écrans : “L’anonymat permet aux gens d’explorer leur côté audacieux avec des produits excentriques.”

Plus d’options, moins de complexes. Ce serait le terreau fertile d’un marché en pleine expansion. Le financement participatif, né avec des plateformes comme Kickstarter, joue aussi un rôle important dans le dialogue et l’innovation. “Grâce au crowdfunding, plusieurs boîtes ont produit des jouets tels que l’Autoblow et le Trifap,” illustre Sébastien Wesolowski. En octobre dernier, le site The Daily Dot proposait un top 10 de ces projets en incubation, dont un stimulateur pour le clitoris sans les mains, le “Eva by Dame Products”, et un collier-vibro rechargeable via USB, le “Vesper by Crave”. De folles inventions auxquelles tout un chacun peut prendre part.

Vesper by Crave

Vesper by Crave

MAINSTREAM OR NOT ?

La présence de sextoys sur des sites généralistes reflète une certaine évolution des mœurs. Le rayon de La Redoute est désormais bien fourni ; les ventes à domicile façon réunions Tupperware ont le vent en poupe ; il y a même des vibromasseurs Smile Makers dans les supermarchés Monoprix et des canards haut-de-gamme dans les magasins Sonia Rykiel. Steve Thomson inscrit ces nouveaux modes de distribution dans une tendance générale : “La discussion et l’expérimentation autour du fantasme sexuel se développent, ce qui est très positif.” Dans la même logique, il évoque le succès du livre érotique 50 Shades of Grey de E. L. James.

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En traitant d’une romance sado-masochiste, ce bestseller adapté au cinéma en 2015 aurait relancé un débat public autour du sexe. Selon Steve Thomson, il contribuerait à la dissolution des tabous : “Aventureux, plus de couples sont ouverts aux petites fessées et au BDSM, bien que ce soit occasionnel.” Alix, 30 ans, n’a pas cédé à la vague 50 Shades et s’en amuse, sceptique : “Ce serait quand même très fort qu’un bouquin influence la sexualité de toute une société !” Si les vertus libératoires de cette littérature mainstream-porno-soft restent à prouver, l’effet de mode est incontestable.

50 Shades of Grey fait les choux gras de l’industrie du plaisir. La gamme officielle de sextoys éponyme a été lancée par le fabricant anglais Lovehoney. Abordable, on la trouve partout. En outre, plusieurs produits Lelo présents dans le long-métrage ont bénéficié d’une augmentation des ventes : “Nos LUNA Beads, déjà mentionnées dans le livre, ont fait parler d’elles. Certains détaillants ont signalé une hausse de 600% des ventes !” La popularité des accessoires 50 Shades of Grey serait le fruit d’un coup marketing, plutôt que d’une révolution sociétale.

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L’heure est à la pudeur et au paradoxe. “Tout est sexy, mais tout est interdit,” commente Nicolas Busnel. Et d’ajouter : “Notre pays est sous l’emprise de stigmates judéo-chrétiens. En 2007, le législateur a renforcé la loi sur la protection de l’enfance, fixant la distance d’éloignement entre un loveshop et un établissement d’enseignement à 200 mètres minimum.” Des associations catholiques se sont appuyées sur ce texte pour attaquer des boutiques, définissant le sextoy comme un objet pornographique. 50 Shades va devenir le livre du diable… Alix rejoint ce constat pessimiste : “Les choses n’ont changé que pour une catégorie restreinte de personnes dites ‘libérées’. Mais la masturbation féminine reste un gros tabou. Et si le sextoy est choyé dans les médias, pas sûr que son usage soit évident dans ‘la vraie vie’.”

Suite de notre dossier : Sextoy Story #Part3

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