Le sextoy est le porte-étendard de l’industrie du plaisir. Jouet pour adultes, il permet d’explorer sa sexualité dans le cadre de la masturbation solitaire ou d’expériences à deux. Il en existe de toutes les formes et toutes les couleurs, des ergonomiques, des connectés, des durs, des mous, des gros, des fins, avec ou sans moteur, pour les hommes, les femmes et les couples.

Autour de ces dildos, plusieurs produits gravitent : du lubrifiant à la paire de menottes en passant par la lingerie sexy. Aujourd’hui, le marché mondial du sextoy pèse 22 milliards d’euros par an ; il pourrait doubler d’ici à 2020. Si le jouet sexuel ne date pas d’hier, sa démocratisation est récente.

LA GENESE DES JEUX DE BAISE

Le premier sextoy daterait de la Préhistoire. 28.000 ans avant J.-C. 20 cm de pierre polie. Ce phallus a été découvert en 2005 par une équipe de scientifiques allemands, dans une grotte à proximité de Ulm. Les boules de Geisha, elles, seraient apparues au Japon au Ve siècle. Reliées par une ficelle, elles aident à la musculation du périnée et ont très vite été utilisées à des fins épicuriennes. En Chine, les bagues à pénis censées renforcer l’érection voient le jour au XVIIIe siècle. Témoin de l’histoire, l’art met en scène ces inventions depuis le Kamasutra et les vases grecs antiques jusqu’aux intrigues sado-masochistes du Marquis de Sade.

Sextoy préhistoriques

Sextoy préhistoriques

ANALOGIE

Frank E. Young invente le “dilatateur rectal” en 1892. Présenté comme un remède contre les hémorroïdes et vendu à des dizaines de milliers d’exemplaires aux US. Cet engin de 11,5 cm est interdit en 1938 – motif : “publicité mensongère”. En 2014, un “plug anal” gonflable de 24 mètres est érigé sur la place Vendôme pour la FIAC. Le sapin de l’artiste contemporain Paul MacCarthy n’est pas du goût de tout le monde. En quelques jours, il est vandalisé, et son auteur, agressé.

dr-young-2 DrYoungsIdealRectalDilators_Advertisement_TheNewWay_September1893

Pierre, goudron, bois, corne et cuir… Jusqu’au XIXe siècle, les sextoys n’ont pas l’apanage du confort. À partir de 1844, on se sert du caoutchouc – ce sera le tour du latex dans les 30’s. La valse des matières précède celle des technologies. Près de trente ans plus tard, le docteur George Taylor met au point le “Manipulator”, premier dildo motorisé destiné aux femmes souffrant d' »hystérie”, c’est-à-dire de désir. Dans certains pays puritains, les femmes n’étaient pas considérées comme des êtres sexuels, leur excitation devenait alors un mal à soigner… avec des vibrations menant jusqu’à l’orgasme salvateur ! Un film plein d’humour est consacré à cette aventure médicale : Oh My God ! de Tanya Wexler.

Le Manipulator de George Taylor

Le Manipulator de George Taylor

En 1902, la compagnie Hamilton Beach lance le vibro électrique. Vendu aux ménagères avec le baratin “C’est pour détendre votre dos et votre visage”, il bénéficie d’une campagne de pub à double-sens dans la presse féminine. Vingt ans plus tard, l’hypocrisie s’estompe. Les jouets pointent le bout de leur gland dans les photos pornos, et disparaissent aussitôt de la circulation. La culture du plaisir se déplace vers le spectacle. La pratique du strip-tease s’installe dans les cabarets et ouvre la voie aux accessoires sexy, cache-tétons et autres strings. Puis un nouveau né, le lubrifiant, se glisse dans le champ gynécologique. Les changements se jouent du côté de la science… Autant que de la censure. 1952 : l’Association Médicale Américaine déclare que l’hystérie, jugée dépassée, ne sera plus traitée par les docteurs. Adieu la masturbation assistée.

1er vibrateur électrique en 1902

1er vibrateur électrique en 1902

DU GODEMICHE AU SEXTOY

Ouf, la révolution sexuelle injecte les notions de liberté et de parité dans les esprits. D’un côté, la contraception et l’avortement sont rendus accessibles ; la sexualité se distingue de la reproduction. De l’autre, “l’accent mis sur l’accès égalitaire au plaisir se perçoit non seulement dans la norme de l’orgasme partagé, mais aussi dans la remise en valeur de la masturbation,” écrit le sociologue Baptiste Coulmont dans l’article Le vibromasseur-godemiché : objet de plaisir. Le gode devient un symbole de ces nouvelles valeurs, mais reste parqué dans les espaces underground et masculins : pornographie et sexshops… Ou dans les dernières pages des catalogues de vente par correspondance, dissimulés derrière l’argument pudique du bien-être. Il n’est plus immoral, mais embarrassant. Nicolas Busnel, fondateur de la PME marseillaise Lovely Planet, créateur et grossiste de sextoys, commente cette contradiction : “Suite à la grande liberté de la fin des sixties, la loi s’est durcie. La clientèle a fui les sexshops qui sont devenus assez hardcore. La demande a disparu, pas l’envie.”

SEXSHOP STORY

Le premier sexshop du monde a ouvert en 1962 à Flensbourg. Le Fachgeschäft für Ehehygiene, “magasin spécialisé pour l’hygiène maritale”. À son origine, la femme d’affaires allemande Beate Uhse. Une décennie plus tard, le concept a débarqué dans l’Hexagone. À Paris, la rue de la Gaité, Pigalle et la rue Saint-Denis sont ainsi devenus des quartiers chauds.

À l’approche de 2000, aidé par la banalisation des accessoires érotiques, le terme fait peau neuve. Loin du X et de sa mauvaise réputation, le “godemiché” laisse place au “sextoy”. La dimension ludique va de pair avec une modernisation et une féminisation du packaging. Créée il y a 15 ans, la marque suédoise Lelo a perçu le potentiel de ce secteur inexploité. Son directeur marketing international, Steve Thomson, raconte : “De nombreux produits renvoyaient une image phallique et les emballages étaient inutilement explicites. La beauté, le design et la sécurité étaient peu considérés, et la technologie manquait d’innovation. Avec Lelo, nous voulions faire la différence.”

LELO (1)

Ce discours marketing amplement repris dans les médias et la culture pop – on pense à la série Sex and the city –, n’est pas sans rappeler le positionnement “glamour et ludique” de Lovely Planet. Nicolas Busnel est fier d’avoir conçu en partenariat avec des designers le premier “sextoy” du marché français, Enjoy, et d’avoir lancé la marque Love to love dans la foulée. Il décrit “un mouvement dans le monde entier vers 2006, avec la transformation des sexshops en loveshops et une clientèle plus large de couples et de femmes”. Le premier lovestore est apparu en 2004. Il s’appelle 1969 et a des petits frères : YobaParis, Passage du désir ou encore Lilou Plaisir.

Ces boutiques se sont implantées en périphérie des villes ou au cœur de quartiers passants, loin des gares et des rues glauques. La situation géographique est plus adaptée, plus rassurante. Christian, 32 ans, utilisateur de sextoys lors de ses rapports sexuels, n’est pourtant pas fan de ces lovestores : “Ce sont des sexshops aseptisés. Tout coûte cher et ça reste kitsch.” À l’inverse, Marie, 26 ans, se réjouit de ces espaces élégants qui ont pignon sur rue : “On ne se planque plus dans une cave de Pigalle. Il ne s’agit pas d’assouvir ses besoins pervers, mais bien de se faire plaisir, de pimenter son quotidien !” Elle fait du repérage sur Internet, mais aime voir “la bestiole en vrai” et être conseillée par un vendeur.

Suite de la Sextoy Story #Part2 & #Part3

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.