Propos recueillis par Benjamin Warlop

Bonjour Ressan, tu es une référence de la photographie érotique mais pour ceux qui ne te connaissent pas encore, comment te présenter à nos lecteurs ?

J’ai commencé la photographie à la fin des années 70, tout d’abord comme aide laborantin photo dans l’un des plus prestigieux labo photo de France. C’est ainsi que j’ai eu la chance de côtoyer Helmut Newton alors que j’avais tout juste 17 ans. Il faisait tirer ses clichés noir et blanc par un grand maître du tirage que fut Jules Steinmetz qui travaillait comme tireur en chef dans ce labo. Chaque semaine j’allais livrer les tirages de Newton, il possédait un magnifique appartement du côté du parc du luxembourg. A chacune de mes visites  j’avais la chance d’assister à des bouts de séances photos. D’ailleurs beaucoup de ses clichés mondialement connus ont été faites dans cet appartement. C’était un homme délicieux, à l’époque j’ignorais tout de lui, j’ignorais que je côtoyais un immense photographe qui ferait partie de l’histoire de la photo de mode. Il avait dans les années 60 inventé quelque chose de transgressif une façon de photographier la femme comme personne n’avait osé le faire avant. Il a été à la photo de mode ce que François Truffaut, Jean Luc Godard ont été au cinéma. Parallèlement à cette rencontre, j’ai également eu la chance de côtoyer ce qui est sans doute le premier photographe de mode au monde qui était jacques Henri Lartigue, ce grand monsieur qui est né à la fin du XIXe avait dès les années 20 photographiait le tout Paris mondain. Il avait connu et surtout photographié les insouciances des années folles d’après guerre. A chaque fois que je venais chez lui, il me prenait par la main, j’ai encore le souvenir d’une main d’un vieux monsieur fragile et d’une voix douce, j’étais le petit jeune à qui il confiait une partie de ses souvenirs en me remettant ses négatifs d’une immense valeur.

Un photographe qui se démarque et avant tout un photographe qui imprime un style, le tien est très identifié, peux-tu nous définir le Ressan’ Style ?

On me fait souvent cette remarque, cette remarque j’ai moi même du me l’accaparer car je ne m’en rends pas compte, et pourtant à chaque fois que l’occasion m’est donné de rencontrer des gens qui connaissent mon travail, tPeut-être un Arsène Lupin de l’intime quelqu’un qui vient et repart au bon moment. Cette relation que j’ai naturellement à l’autre m’est précieuse, elle me protège et me permet d’avoir la confiance. Je fais des photos en pensant très souvent à des films, il y a une grande part d’improvisation un peu comme dans le cinéma de John Cassavetes. Lorsque que je faisais mes photos la nuit dans Paris je pensais aux images de Visconti, c’est curieux mais ça me traverse très souvent l’esprit.

Comment recréer l’intimité d’une soirée libertine à travers une photo, tu arrives à te faire oublier des convives ou au contraire c’est un jeu entre eux et toi ?

Lorsque je suis dans une soirée, c’est que je n’y suis jamais arrivé par hasard, c’est que généralement j’y étais invité, je tiens à cette précision car elle implique le consentement de chacun. Les gens présents, parfois ils sont plus de 50, savent exactement qui est Ressan et ce que je viens y faire. C’est donc un mélange de curiosité à mon égard mais je pense aussi une part de jeu. Chacun est à sa place je suis là pour saisir des moments qui vont par la suite raconter une histoire et à la fois, le jeu photographique suscite une part d’excitation de la part des gens présents, car ils savent qu’ils feront parti d’un projet les mettant en valeur.

J’ai le sentiment que les gens qui ont croisés mon objectif ressentent une part de fierté d’y faire partie, je le dis sans flagornerie mais c’est le sentiment que j’en ai. A la sortie de mon premier livre “Paris libertin“ j’ai été très surpris que nombreux étaient ceux qui avaient envie d’être présents dans mon second livre, c’était la marque que mon travail les intéressait. Je pense que mes deux livres donnent  du monde libertin une belle image. L’an dernier j’ai eu la chance d’être invité sur une croisière libertine au large de Miami, j’ai pu voir combien mon travail avait quelque chose d’unique ou d’universel. Mes images parlaient à toutes les cultures, évidemment le libertinage à la Française fait rêver. Les libertins sont en recherche de reconnaissance ou de légitimité. Le doute est quelque chose de très présent chez les libertins car il est sans cesse confronté à l’autre par le biais qui est parfois le plus destructeur, le physique ou l’apparence. C’est en cela que la photo peut parfois apporter quelque chose de positif.

Ressan Volume 2 est sorti récemment, quelle était la motivation initiale pour ce deuxième volet ?

Lorsque j’ai publié “Paris libertin“ en novembre 2015, je me suis longuement interrogé sur la suite, je ne savais pas trop ce que je pouvais apporter de nouveau. Car à la suite d’un livre qui avait reçu un accueil plutôt enthousiaste, le risque était de décevoir, de ne pas être capable de me renouveler. Ce livre est différent du premier, je l’ai voulu plus ouvert, s’adressant à un plus large public. J’avais envie d’être moins focus, d’être moins imprégné par les soirées ou des corps s’entremêlent. Je voulais être là ou l’on ne m’attendait pas. J’ai adoré ces séries la nuit que j’ai pu réalisé le soir dans les rues de Paris. Une ville comme Paris offre un décors sublime pour qui sait exploiter ses lumières. Je ne suis pas sur le registre de l’exhibe car je fais tout le contraire, j’attendais qu’il n’y ai plus personnes dans les rues pour me servir de ce décors naturel sans être vu. C’était très excitant pour les couples qui se prêtaient aux jeux, je sentais en eux quelque chose qui titillait leurs fantasmes. Qui n’a pas rêvé de faire l’amour le soir sous le pont Alexandre III ou à l’abris des regards dans la pénombre d’une porte cochère? Pour autant ces séries en pleine nuit je les voulais plus glamour, je ne souhaitais pas que les couples se laissent aller, ce n’était pas le propos. Maintenant que ce livre est sorti j’en suis déjà à m’interroger sur le suivant.

Est-ce qu’on peut te louer pour une soirée ou un événement ?

Bien sûr que l’on peut me solliciter pour une séance photo. Photographier les gens est mon métier. Mes premières prestations commencent à 300 euros la séance.

Tu pourrais photographier mes fesses un jour ?

Si tu me le demandes gentiment “sourire“.

Ressan volume.2 en vente sur le site : www.ressan.fr  au prix de 59 euros.

196 pages en format 30X30

 

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