Au delà des fantasmes, des clichés, des parodies, de tout ce que vous avez pu imaginer sur le libertinage, Ressan vous invite à un véritable voyage vers l’intime et l’exploration des sexualités les plus libérées. C’est en tissant des liens pendant trois ans avec des centaines de couples qu’il a pu capter leur image en toute liberté et générosité, dévoilant sous son objectif leurs univers extrêmement variés et souvent décalés.

Comment t’est venue l’idée d’un tel sujet ?

Cela faisait très longtemps que l’on me sollicitait pour faire un livre sur le sujet, curieusement il n’existait pas d’ouvrage photo qui traitait du libertinage. Nombre de personnes présentes dans ce livre ont dès le départ soutenu ce projet. Nous sommes très peu de photographes à pouvoir le faire. Cela ne demande pas seulement une grande confiance mais une exigence que le résultat soit valorisant pour ceux qui s’exposent. L’image est rentrée dans la vie des gens à une vitesse grand V. Les réseaux sociaux ont bousculé le rapport à l’image et à la sphère intime, je suis bien plus étonné de voir comment beaucoup peuvent exposer leur intimité sur ces réseaux sociaux en y racontant leur quotidien sans se poser de questions.

Dans mon livre, on y voit aucun visage, c’est d’ailleurs ce qui a excité les couples qui y sont présents. Pour la plupart c’était la continuité de leurs jeux, se montrer sans être reconnu. Il y a quelque chose d’exaltant et de transgressif dans l’idée que des inconnus parcourront ce livre sans savoir qui se cache derrière telle ou telle image.

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Comment se fait on accepter en tant que photographe dans des moments aussi particuliers ?

Il faut remonter quelques années en arrière à la fin des années 80, ce phénomène était en pleine explosion. Il y avait une vraie curiosité pour de nouvelles expériences. Comme tout nouveau phénomène il a engendré une presse qui s’en est emparée et à cette période là j’ai été contacté par une rédactrice en chef d’un groupe de presse qui cherchait un photographe pouvant illustrer les récits que les lecteurs leur envoyaient.

A force de photographier des centaines de couples, je me suis forgé une réputation de photographe respectueux des intimités qui lui était offertes, cette proximité m’a permis au fil du temps de créer des liens qui m’ont permis d’arriver à ce livre. Cette communauté a un fort besoin de reconnaissance, ce livre c’est pour elle une manière de montrer au plus grand nombre que leurs pratiques n’ont rien d’anormales voire de dégradantes. D’où l’exigence pour moi de traduire en image des moments à la fois intimes tout en gardant à l’esprit un certain esthétisme.

Comment vois-tu l’évolution du milieu libertin?

Personnellement si il y a un point où je peux être satisfait d’une certaine évolution c’est bien dans le rapport homme/femme. J’ai été surpris lorsque que j’ai commencé à faire savoir autour de moi que j’étais sur ce projet de livre, de constater le nombre de femmes qui me contactaient pour en faire partie. Il y a quelques années ce sont les hommes qui auraient fait la démarche. Aujourd’hui je vois beaucoup de femmes célibataires venir à des soirées sans se sentir obligées de venir accompagnées d’un homme, avant ce n’était même pas envisageable. Si on admettait qu’un homme avait le droit de s’éclater comme il l’entendait c’était plus difficile de l’admettre d’une femme, sauf à assumer de passer pour une salope. Les pratiques sexuelles à l’intérieur du couple libertin ont elles mêmes terriblement évolué.

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S’il était convenu qu’une femme devait être bisexuelle, il était en revanche tabou d’envisager que monsieur puisse l’être au moins dans les jeux. Cette libération des fantasmes vient aussi des femmes, car ce sont avant tout elles qui ont indiqué à leur conjoint qu’une telle éventualité de jeux ne remettait pas en cause la virilité de l’homme, un peu comme si la clef était là, que cette ouverture dépendait plus d’elle que de lui. Les libertins sont de grands enfants pour la plupart, ils expérimentent des choses comme les enfants découvrent leur corps. Les sites de rencontres comme netech ont largement contribué à ouvrir le milieu libertin à des couples qui n’y avaient pas accès.

Quelle est la femme qui aurait osé venir seule ?

Ouvrir la porte d’un club pour y passer une soirée ? Aujourd’hui l’internet a rendu possible l’accès aux femmes célibataires qui représentent environ 8 ou 9 % de la population libertine.

Est ce que ce type de sexualité peut convenir à tout le monde ?

Je ne suis pas sûr que cette pratique sexuelle doit être la norme chez les jeunes. Je ne me place pas sur le plan moral mais plus le parcours qui doit ou peut emmener chacun à pratiquer ce type de sexualité. La plupart des couples que j’ai vu vivre une sexualité heureuse, ce sont ceux qui sont dans leur deuxième vie. Ceux qui ont eu une ou des histoires amoureuses et qui se retrouvent vers la quarantaine à entamer une autre vie, et là ils se sentent en phase avec eux mêmes. C’est un parcours que chacun doit faire avant d’envisager de partager celle ou celui qu’il aime. Il faut du temps pour régler son problème d’ego, trouver une certaine harmonie dans la relation du couple. Le libertinage enrichit le couple qui va bien mais il peut aussi détruire un couple fragile. D’ailleurs la moyenne d’âge des gens que j’ai photographié pour ce livre c’est plutôt 35 ans. Je souhaitais à que ce livre soit à l’image de ce monde. C’est la raison pour laquelle j’ai tardé à le sortir car il me manquait certains sujets qui me tenaient à cœur de traiter. Je tenais à ce qu’il y ait aussi bien des situations d’hommes soumis ou d’hommes bi, j’aurais eu l’impression de mentir sur la réalité de cet univers et des gens que j’y côtoyais.

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Qu’aimeriez-vous que le lecteur ou les libertins présents ou non dans le livre, ressentent en le feuilletant ?

Qu’ils se retrouvent comme dans un miroir. J’ai essayé d’être honnête mais je suis conscient qu’on ne peut pas échapper aux clichés, les gens ont besoin de représentation, même si celle-ci est faussée. On me fait souvent la remarque sur le côté travaillé voire posé que l’on retrouve dans mon livre. Dès mes débuts dans la photographie j’ai eu la chance de côtoyer Helmut Newton de le voir travailler dans son appartement du 6éme arrondissement. De côtoyer un tel photographe qui a photographié les plus grandes stars de l’époque ne donne pas envie de faire dans le trash, mais au contraire de chercher une certaine qualité d’image. De surcroit je ne suis pas sûr que les gens qui me font confiance et qui ont accepté de participer à ce projet auraient apprécié de se voir autrement que beaux y compris dans leur moments intimes. Cette envie d’être photographié vient plus des femmes que des hommes. Très peu d’hommes se manifestent pour être dans un livre photo consacré au libertinage, en revanche les femmes ont été nombreuses à me solliciter pour venir photographier leur couple.

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Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

J’ai adoré ces situations où les femmes m’ont demandé d’immortaliser des moments volés, des moments qu’elles passaient avec leur amant, c’était d’une intensité dingue. Je trouve ça sur un plan cérébral terriblement excitant d’être témoin privilégié de moments aussi forts. De la même manière j’ai quelques sujets de femmes venues sur Paris avec l’accord du mari afin d’y passer une après midi avec plusieurs hommes. Le meilleur moyen pour le mari de partager ce moment sans être là était de faire appel à moi, un peu comme un photographe du « souvenir ».

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J’aime le décalage entre ce que les gens m’offrent et ce qu’ils sont dans la vie, j’ai en souvenir cette avocate qui arrive en retard à une pluralité en s’excusant d’avoir eu à plaider au tribunal juste avant. Imaginer cette même femme une heure avant dans sa robe d’avocate et là venir s’offrir à quelques hommes choisis par avance, c’est forcément un moment délicieux. Je peux comprendre que certaines photos peuvent déranger monsieur ou madame tout le monde, je fais là allusion aux photos de situation BDSM. Toutes les femmes que j’ai eu la chance de photographier dans des moments très particuliers, aucune n’est réellement soumise dans la vraie vie. C’est un jeu une parenthèse dans leur quotidien. De toute façon ces moments que je chope sont desparenthèses. La plupart de mes clichés racontent une histoire, la nudité n’a pas grand intérêt, ce qui est intéressant c’est ce que cela raconte.

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