La chanteuse pop rock puissante et charnelle Julia Palombe partage avec nous ses expériences de la vie et de la nuit. Ce soir elle nous embarque dans les lieux cachés et branchés de Paris. 

 

17H55 : La nuit parisienne me fait du pied. Emmitouflée dans un long manteau aux motifs pied-de-poule noir sur ton vert (que j’ai dégotté pour une bouchée de pain dans un shop vintage à Montmartre), je file chez ma copine Zazon qui veut me présenter sa nouvelle web-série « Breaking Bed » diffusée sur la chaîne web DAFOUK. Zazon est réalisatrice, auteure et comédienne. Fraîchement maman, en couple avec un mec tout aussi créatif qu’elle, l’humoriste Gaëtan Matis. Tandis qu’elle balance sur sa chaîne You Tube des vidéos tutos ubuesques, lui balance sur scène des vannes politiquement incorrectes à souhait ! Alors quand ces deux-là décident de se mettre en scène ensemble au lit… C’est génial ! Ils ont vu les choses en grand, et le dernier épisode publié à ce jour, « La Sextape », a été réalisé par le truculent Fred Testot. Breaking bed c’est la série qui casse le sommier, comme me dit Zazon ! Innocemment, je lui demande s’ils envisagent de casser aussi l’évier, la table à manger, le porte-manteau de l’entrée… ? En effet le « hors chambre » est envisageable, mais la vraie question c’est quelle chaîne de TV osera les diffuser ? Faudra-t-il faire des compromis ? Les godes dans le cadre ok, mais pas dans le cul ! Gaëtan en bon libertaire, défend la valeur décomplexée de leur projet, tout en remplissant le lave-vaisselle. Voilà je l’ai l’image de l’homme d’aujourd’hui ! Pas de doute, leur série va tout faire péter ! Je les quitte sur un verre de rouge bien tannique…

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19H45 : J’arrive sur la petite place, trésor caché du 2ème arrondissement, la place Boieldieu. Imposant et charismatique, l’Opéra Comique trône au beau milieu. Le tout-Paris s’affaire ce soir pour voir l’installation artistique très audacieuse Pleine Nuit. Alors que l’Opéra est fermé pour travaux (réouverture Décembre 2016), son directeur Olivier Mantei a lancé une série d’évènements intra et extra-muros totalement inédits. Aussi, la performance de ce soir va se dérouler dans les chantiers de l’Opéra. Allons-nous y croiser le fantôme ? C’est la question qui brûle toutes les lèvres. C’est Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk qui se sont chargés de la création artistique. A l’entrée on me fait mettre un casque d’ouvrier, j’ai l’air ridicule mais j’aime bien la petite lumière sur mon front, je m’imagine déjà dans une mise en scène voyeuriste… Je passe le portique de l’entrée toute seule et je découvre l’errance poétique et funèbre à laquelle je suis conviée. Il y a de la fumée, des musiciens qui jouent une mélodie lunaire, des ampoules bleues qui pendent du plafond, et des masques sur certains visages… Attirée par une voix, je monte quelques marches et me retrouve dans une petite salle de représentation éphémère. Quelques chaises, une diva chante sur un parterre de fleurs. Mon esprit s’évade, je pense au film Stalker de Tarkovski. Nous arrivons enfin sur la scène de l’Opéra, méconnaissable. Nos repères sont flous, et la neige commence à tomber sur nous, lentement… Je ressors par la petite rue Favart, transportée par ce voyage hors du commun.

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21H35 : Et me voilà dans la salle mythique du Balajo pour assister à la projection privée du nouveau film de mon ami John B.root, EquinoXe. Je suis dans les derniers arrivés et les places sont toutes prises. Quelle star ce John ! Je fais de l’œil au machiniste et je me retrouve là-haut, dans la l’espace réservé à la production. Je m’installe à califourchon sur un fauteuil en cuir, avec ma copine Maya que j’ai embarquée dans l’aventure. Sur mon perchoir, on me demande de ne pas bouger et de ne rien toucher… Pas facile en matant un film de cul, me dis-je ! John prend la parole devant tous, avant de lancer son film. Il est accompagné de son fidèle petit chien qui le suit partout, Diogène. Il nous présente avec humour ses acteurs, et lance le film sous un tonnerre d’applaudissements. Dès les premières images, le ton est donné. Des filles nues se mangent goulument les seins au beau milieu des vignes, tandis qu’un photographe quinqua à l’accent italien fortement prononcé tente de les en empêcher : « Les filles, nous ne faisons pas un calendrier érotique, il s’agit de photos glamour-chic, arrêtez de baiser». La salle est complice. Le film réussit à être très drôle tout en gardant sa charge pornographique. Comme quoi les deux ne sont pas contradictoires ! Nikita Belluci excelle dans ce double emploi (si je peux me permettre), notamment dans la fameuse scène du gode ceinture où elle est terriblement cocasse et tout autant excitante. Les lumières se rallument et John réapparait, s’adressant au public qui l’applaudit encore : «C’est quoi un porno aujourd’hui ? Moi je veux des histoires… Et puis je mets aussi des doubles péné, je fais des compromis… J’ai fais ce que j’ai pu, et puis merde ! ». Je le félicite chaleureusement et m’en vais le cœur léger rejoindre le quartier Pigalle.

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23H55 : Je passe l’entrée du bar Dirty Dick. Avec un nom pareil, on pourrait s’attendre à un rade glauque et froid. C’est exactement le contraire. Il fait très chaud, c’est bondé, au mur sont affichées des images de Vahinés, les serveurs font des cocktails improbables avec toutes sortes de fleurs et d’alcool… C’est une île paradisiaque en plein Paris ! Je cherche mon amant. Soudain je le vois, tranquillement installé sur un canapé en compagnie d’un autre garçon. Tiens, chouette initiative ! Je les rejoins et les salue tous deux d’un baiser sur les lèvres. Le jeune nouveau est avocat, il rougit immédiatement, ce qui me fait rire. Nous buvons des cocktails polynésiens en parlant de philosophie tantrique… Il fait si chaud dans ce bar que j’ai envie de me déshabiller. Une grande blonde me remarque et propose de s’asseoir avec nous. On lui a posé un lapin. Elle est très jolie, elle a un accent norvégien, et elle est là pour le week-end seulement. Nous la questionnons sur son pays et les coutumes locales en matière de sexe… Après un petit tour aux toilettes entre filles (ce qui se passe dans les toilettes reste dans les toilettes), nous décidons de traverser la rue et de poursuivre la nuit chez Orphée.

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1H15 : Il y a la queue mais je fais jouer mes connaissances et nous voici dans l’antre du diable… Orphée est un ancien club homosexuel jadis fréquenté par les deux Jean (Cocteau et Marais), aujourd’hui transformé en maison de nuit à l’âme libertine. Notre amie norvégienne disparaît dans le fumoir avec une fille rousse bien roulée. Je reste sur la piste de danse à aguicher les deux mâles qui me servent à présent de gardes du corps. J’avais décidé de finir la nuit au Taken avec mon fidèle sicilien. Mais au détour d’un dernier verre de vodka fraise, je me fais embarquer dans une soirée privée sur les hauteurs de la butte Montmartre, accompagnée de deux couples bien échauffés…

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3H46 : Nous arrivons au croisement de l’avenue Junot, devant le portail d’une petite maisonnette bourgeoise au style anglais, qu’on croirait tout droit sortie d’un roman de Dickens. Nous sonnons. Un oeillet s’ouvre. Il y a un mot de passe à donner. On me souffle à l’oreille : Caligula ! Je dis le mot magique et la porte s’ouvre. Le couloir est éclairé à la bougie. Un jeune homme torse nu et le visage couvert nous prend nos manteaux et nous indique le dernier étage. Quelques instants plus tard, je découvre un penthouse sous une verrière, quadrillé de canapés et de tables basses… Champagne à volonté ! Je suis émerveillée. Les femmes sont langoureusement étendues, les hommes bandent à tour tour de rôle, un écrivain déclame ses nouvelles érotiques, la fête est déjà bien avancée… L’hôte de ces lieux me confie qu’il s’agit-là de sa toute première initiative en matière d’organisations de petite sauterie : « Je voulais expérimenter de nouvelles mise-en-scène, et via le site que vous connaissez bien, j’ai pu réaliser ce fantasme. C’est jouissif, non ? ». Je trinque avec lui. Une jeune première est nue, le corps couvert de grappes de raisin. Nous picorons les grains. Et ses seins aussi…

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