Il lui disait  – Tu seras fidèle par la pensée, non par le corps.
Cœur Doré se taisait, ses yeux avaient pleuré et brillaient de défi. Amoureuse de l’homme, pouvait-elle faire autrement ?
Il lui disait – Tu ne m’appartiens que par ta pensée !  Je suis ton maître si tu le désires, seulement comme cela. Tu es libre !
Ne me courtise pas ! Obéis moi. Tu peux t’ échapper ! Mais si tu ne le fais pas, tu seras punie !
Cœur Doré n’avait pas respecté les règles que l’homme lui soumettait. Elle avait clamé son amour exclusif comme une capricieuse.
Lui ne pouvait pas jouer ainsi, il bâtissait le pont de l’intense désir, de l’intense plaisir. Il voyait l’amour comme une soumission à la liberté, excluant par avance tous les sentiments égoïstes, toutes les vaines tentatives d’appropriation.

Dans un long couloir obscur, Cœur Doré suivait l’homme en lui tenant la main. Il lui avait dit – Reçois ceci comme la quintessence du plaisir. Tu es punie pour ta fidélité. envahissante, acceptes tu d’être libérée de tes chaînes ? Acceptes-tu le châtiment que tu mérites ?
Cœur Doré implosait, de longs frémissements parcouraient son ventre, elle éprouvait ses peurs comme autant de promesses d’abandons, de délices inavoués, mais continuait d’avancer.

Il y avait une pièce tendue d’étoffes rouges, des candélabres argentés, disposés au sol. Cœur Doré s’étonnait de voir aussi bien malgré l ‘obscurité. Elle vibrait en recevant l’onde chaleureuse que lui transmettait la main de son amant. Lui, le savait très bien.
Il lui disait – Tu es une effrontée, tes grands yeux ont des lueurs magiques maintenant. Je vois des paillettes multicolores organiser ton regard. Elles ouvrent en grand tes pupilles pour te protéger, te rassurer. Mais tu ne verras rien ! Je vais couvrir ton beau visage d’un masque de louve endormie. Veux-tu rentrer dans ce rêve animal ? Veux tu découvrir et ressentir ce rêve ?
L’homme, maintenant se tenait juste derrière Cœur Doré. Elle devinait encore d’étranges objets apparaître au hasard des murs.
Qui avait allumé les bougies ? Que voulaient dire ces ombres tournoyantes, aspirées par les flammes vacillantes des bougies?

Cœur Doré inspira profondément, murmura – je vous aime. Elle reçut le masque en s’imaginant nager dans un océan noir.
Un parfum étrange pénétra sa peau. Que lui arrivait-il ? L’obscurité totale lui fit perdre l’équilibre. Qui la retenait ? Qui l’empêchait de tomber ? Des mains la déshabillaient. Ce n’était pas son amant, ce n’était plus lui. Sa robe enlevée, ses dessous retirés, des souffles chauds lui venaient de partout. Une légère pression sur ses poignets la faisait avancer un peu, elle tournait sur elle même, perdait tous ses repères.

Cœur Doré entendait comme jamais. Il lui semblait que ses oreilles pouvaient s’orienter à leur guise. Son nez la chatouillait et captait de subtiles essences ambrées. Des voix murmuraient, des chants s’élevaient, une musique envoûtante la pénétrait. Elle comprit que des liens de cuir lui entravaient les poignets, les chevilles. Ses bras s’écartaient, ses jambes aussi. Son dos et ses fesses faisaient corps avec une croix de bois. La chaleur venait de ses entrailles, son cœur battait comme un forcené mais une force surnaturelle commençait à se répandre en elle. Elle se savait sublime et sublimée.

Elle lui disait – la fourrure est mon habit. La chaleur est fauve. Voyez-vous ma transformation ? Je cours dans la plaine enneigée.
Mes crocs brillent et sont des sabres assoiffés. Je veux mordre et manger. Je veux rafraîchir mes babines roses pour qu’elles deviennent rouges. Cœur Doré rêvait assurément.
Contre sa peau offerte, les sensations se multipliaient. La douleur n’était pas réelle pourtant elle savait que déjà commençaient les outrages.  Autour d’elle une ronde commençait. Une voix sourde, cachée la mettait en garde.
Voilà, lui disait la voix, tes seins sont roses aussi et rouges ils vont devenir ! Cœur Doré vibrait, la sueur l’envahissait, sa poitrine se soulevait. Une morsure étrange , insistante, venait rôder à l’orée de ses mamelons épais. Il y avait une femme, elle en était certaine.

Installé sur la croix, le corps dénudé de cœur Doré brillait intensément. Les liens de cuir l’empêchaient de tomber et tendaient tous ses membres aux quatre coins de l’univers. Une étoile allait naître. Il y avait l’homme, son maître, une femme aussi. Chacun d’eux murmurait, émettait des sons lancinants, reptiliens qui s’enroulaient irrémédiablement le long des jambes de la soumise. Il y avait des vagues soudaines de chaleur, de surprenantes brûlures roulantes, dévalant ses cuisses. Le corps irradiait. Deux pinces tenailles attrapaient les tétons, habillaient les seins comme deux sémaphores jumelles. Dans la main des protagonistes avertis, un cierge rouge, un cierge noir se consumaient. Leurs flammes dansaient, s’étiraient, se penchaient. La cire, goutte à goutte, cachait les grains de beauté sur la peau de Cœur Doré.

Elle lui disait  –  Je sens le sang, je cours à quatre pattes, ma foulée est puissante, dans la nuit le paysage défile, des ombres passent, s’écartent, je vais en attraper une ! Je vais prendre une vie, déchirer la chair, me repaître de vie et renaître. Je suis une louve ! M’entendez-vous ? Sous la lune pleine, m’entendez-vous?
Couvrant le pubis écartelé de Cœur Doré,  une peau étrangère jouait à l’habiller. Curieuse et joueuse une langue féminine ouvrait le sexe offert, posait sa pointe tendue aux bons endroits, donnait le code et entrait se désaltérer. Cœur soumis gémissait de plaisir, ses lèvres grossissaient, mûrissaient comme des figues juteuses.
L’homme encourageait la bouche féminine, Cœur Doré sentait les mains infiltrer ses fesses qui s’écartaient. L’objet que tenait l’ homme étincelait, émettait des rayons, des reflets de feu. C’était un diamant tombé du ciel, une larme divine, un minéral sidéral. Comme il seyait bien entre les vallons rebondis ! Il mettait un point final au canal  et surplombait le vide tel un œil avide. Ce bijoux anal, à Cœur Doré, l’homme lui offrait.

Les seins de la soumise rougissaient, trempés de résistance, les tétons s’allongeaient, tiraient le corps en avant. Cœur Doré tremblait de tout son être, les brûlures et les douleurs microscopiques initiaient la transe. Un courant d’énergie intense se déversait en elle. Sa peau palpitait comme une voile allant au large. Le plaisir la submergeait, le désir l’envahissait.

Il lui disait – Écartelée, tu es soumise et sensible, tu ressens tout, tu es bouleversée. Mais le châtiment n’est pas terminé!
Cœur Doré sous le masque de louve endormie, plongée dans l’obscurité, allait et venait de la steppe glacée au bûcher expiatoire.
Il lui disait  – Ta fourrure est une couverture de rêve, en elle tu t’ébroues, es-tu prête à produire le feu ? Es-tu celle qui le peut ?
La vitesse des images que produisait Cœur Doré l’étourdissait. Il y avait d’autres mains autour d’elle. D’autres langues tirées léchaient sa gorge, raclaient ses aisselles, avalaient ses doigts engourdis, des ongles griffaient ses côtes, et croyait-elle, dessinaient la trame des sévices.
Rien ne pouvait lui faire plus plaisir, l’homme lui disait – Ton vagin est la porte des Enfers, connais-tu Eurydice? Je suis Orphée. Et je viens pour la chercher…
Cœur Doré, haletait, perdait de vue sa chasse nocturne, devenait prisonnière des Enfers. Son vagin idolâtré par la bouche féminine s’ouvrait démesurément, ses lèvres s’étiraient incandescentes. Elle était volcan, elle était lave, elle attendait l’irruption, l’intrusion.

La soumission de Cœur Doré était un spectacle, un événement. Il attirait d’autres figures que celles de son amant et de sa complice.
Des ombres apparaissaient, s’approchaient de la croix, curieuses comme des papillons noctambules, elles se frottaient sur le corps de l’ élue.
Il lui disait  – Tu es l’offrande irréversible, la lumière de ton rêve est une aurore boréale, ton sacrifice vient du ciel. Les anges te visitent !
Cœur Doré jouissait de son humanité perdue, un filet d’or ruisselait du méat transcendé. Dans la bouche de sa servante, le miel coulait.

Il lui disait – Ton vagin est mien, en lui est ma promise. Es-tu Eurydice ?

Les murs rouges de l’antre aspiraient les acteurs du drame sadomasochiste, tous se prosternaient devant la beauté de l’Ève. Le corps, la silhouette de Cœur Doré devenait l’œuvre impossible de l’amour libéré. L’homme était seul maintenant aux commandes. Un cierge rouge, un cierge noir.
Leurs flammes pour montrer le chemin. Cœur Doré recevait le baiser de son amant comme une ondée bénie sur ses orifices. Il tenait le diamant entre ses dents. Une couronne moelleuse, un nid de chérubins montraient le chemin. L’homme ferma les yeux. Interdite était sa vision ! L’instinct de l’amour lui montrait le chemin.

Il lui disait – Je suis Orphée, et je viens te chercher mon aimée.

Un cierge rouge, un cierge noir. Les flammes s’en allaient dans l’obscurité. Elles entraient en Cœur Doré qui, comme une louve, hurlait de plaisir fou.
Les appendices multicolores inexorablement, mus d’inflexibles intentions, franchissaient le Rubycon, exploraient le con, allaient aux Enfers, faisaient chanter les chœurs de tous les damnés de la terre, libéraient les muqueuses, recevaient des cascades au musc délicat. L’homme aux yeux fermés appelait tous les gardiens, les soudoyait, et continuait d’avancer.

Elle lui disait – Je suis un être polymorphe, j’appartiens aux cieux, je suis la mythologie et l’aventure. Je suis divine et je m’aventure dans la nature des hommes. Je suis le sacrifice et la promise. Je suis délices et soumise. Je suis Eurydice.
Elle lui disait – Tu es Orphée et je suis ton aimée !

Cœur Doré ne savait jusqu’où pouvaient aller les éclaireurs qui la cherchaient. Elle se savait empalée, fouillée dans chacun de ses orifices.
Sa jouissance était miraculeuse, d’infinies sensations soulevaient ses reins, en écho, ses fesses battaient une cadence hypnotique contre les parois de la croix. De ses seins sortait un lait transparent. Oui, elle renaissait et allaitait déjà le nouveau-né qui pleurait  de joie.
Que pouvait elle porter de plus précieux que cette vie nouvelle?

Elle lui disait – Au centre de mon ventre tu me trouveras. Je ne t’attends pas car tu n’existes pas. Tu es le temps magique, le guerrier magnifique.
Celui qui toujours crée la vie, éternellement et qui meurt inévitablement pour toujours renaître.

Cœur Doré, sous le masque de louve endormie, se réveillait.
Dans la plaine mordorée, la lumière du matin s’ élevait de la terre. Une louve retrouvait sa meute et glapissait doucement contre la fourrure du mâle dominant. L’ordre naturel régnait dans leurs yeux…

Par  Willtolove

Orphée et Eurydice par Arno Breker (1944)

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