Pour Camille

Prélude

Une silhouette se découpe au loin dans la pénombre de cette nuit moite. Seule, immobile, fine, elle semble envoûter ses alentours. Tant les éclairages diffus que le noir intense de cette nuit sans lune semblent avides de l’envelopper, de la caresser. La nuit n’a d’yeux que pour Elle.
Je l’observe au loin alors qu’Elle m’attend. Profitant égoïstement de cet instant où Elle ne m’appartient pas encore, de cet instant où, dans son unicité, elle appartient au monde, au moment présent et où tout est encore possible. Lorsque je me déciderai à m’approcher enfin, lorsque mes sens m’ordonneront de rompre cette contemplation addictive pour me l’accaparer et l’arracher au déroulement du temps, lorsque je déciderai de l’emmener dans cette bulle de légèreté qui l’attend, les possibilités se mêleront en une réalité façonnée tant par mes désirs que par les siens.
Elle semble impassible, calme, résolue. Sa silhouette est presque immobile, comme si cette attente était usuelle. Il n’en est rien. La convocation qu’elle a reçue sans préavis n’a pas manqué de l’ébranler. Assise à son bureau, abattant le quotidien, elle a reçu ce bouquet de 20 roses rouges auxquelles les épines n’avaient pas été ôtées. Elle a ri, sourit, plaisanté avec ses collègues. Puis elle a saisi l’enveloppe abritée au sein des pétales rouges inoffensifs. Les gloussements de ses collègues retentissaient encore à ses oreilles alors que le sang lui montait aux joues. Que ses sens s’enflammaient. Que d’efforts a-t-elle du faire pour ne rien laisser paraître de l’envahissement de sa conscience par ses sens. C’est la première fois qu’elle était mouillée ce jour-ci, seule au milieu de ces collègues qui ne pouvaient deviner les mots qui la plongeaient dans cet état fébrile où plus rien n’existe que la plénitude du désir. Le message n’était pas signé, Il n’en avait pas besoin. Elle sait lui appartenir.
« Ce soir, 22h30 devant l’immeuble. Sous ton manteau, tu porteras ta robe noire près du corps, tes escarpins les plus hauts et une paire de bas noirs. Rien ne doit gêner l’accès à ta chatte. Tu es à moi ne l’oublie pas. »
La voilà maintenant, seule au milieu de la nuit dans cette tenue qu’il lui a imposée. Elle se sent, se sait incroyablement désirable. L’air chaud et humide de cette soirée se glisse entre ses cuisses, effleure ses lèvres qui étaient encore luisantes il y a quelques heures alors qu’elle se caressait avant de se changer. Elle est bouillonnante d’appréhension. Décidée à lui faire payer cet ordre et désireuse de s’abandonner à son homme pleinement, entièrement et sans limites. C’est ainsi qu’Elle est. C’est ainsi qu’ils sont.
D’Elle naît le désir.

Il est temps. Je demande au chauffeur d’avancer lentement dans sa direction. A chaque mètre qui me rapproche de sa silhouette un détail m’apparaît et accroît mon impatience. Je distingue désormais ses hauts talons fins, comme je lui ai demandé. Ses jambes galbées, interminables disparaissent sous son manteau qu’elle tient fermé contre elle. La hauteur de ses talons accentue sa cambrure naturelle et met en valeur un cul merveilleusement arrondi, objet de mes plus violents désirs. Encore quelques mètres et mon regard poursuit sa progression le long de ce corps qu’elle m’offre avec tant de volupté et de malice.
Je distingue maintenant son visage. D’ange il sait devenir démon, d’ingénue il sait la métamorphoser en provocatrice incendiaire. Ses lèvres rouges se détachent dans la nuit, le faible éclairage l’enveloppant ayant visiblement décidé de profiter de ses lèvres charnues, sensuelles et dessinées pour s’y prélasser.Ce soir elle sera démon, son visage a choisi.

Me voilà à sa hauteur. J’ouvre la portière afin qu’elle puisse s’installer à mes côtés. Alors qu’elle se penche pour pénétrer dans la berline sa chevelure accroche mon regard.
Sauvage, ondulante, tel un fleuve se déversant après une pluie soudaine, sa chevelure lui descend au bas du dos.
J’assiste, maître de moi-même malgré la bouillonnante vague de désir qui m’assaille, à la danse de ses jambes gainées de nylon noir, au mouvement voluptueux de son corps prenant place à mes côtés. C’est là qu’il me saisit. Y résister est futile. En ai-je seulement l’envie dès lors qu’il nourrit intensément mon désir? Il est là, joueur, frondeur, plein de défi, me bousculant, cherchant à me déstabiliser. L’intensité qui en émane assaille chaque cellule de mon corps, chaque parcelle de mon âme. Le bleu, la profondeur de ce regard n’ont aucun équivalent si ce n’est le fameux Blue Hole du Bélize. Insondable, il s’ouvre à moi ce soir. Elle relève alors imperceptiblement son menton, un délicieux sourire plein de mystère se dessine sur sa bouche dont le rouge incandescent irradie mon être, ses yeux flamboyants cherchant une fois encore à me faire perdre pieds, à déchirer le voile qui fébrilement tente de retenir mes pulsions qu’Elle aime tant déchaîner.

Ce soir Elle sera indomptable.
Et pourtant, ce soir, Elle sera mienne, totalement, entièrement, sans pudeur ni limite. Loin de me désarçonner ce regard provocateur, accentue ma fermeté autant que mes envies les plus sombres. Celles-ci, qui surgissent en moi brutalement sous la pression de ces heures d’attentes et maintenant de la violente attaque de son regard soutenu par la sensualité de son corps parfait, changent quelque chose dans mon propre regard. Cette imperceptible modification, Elle la connaît. Elle l’effraie tout autant qu’elle la rend humide. Elle déclenche en elle un tourbillon de sensations qui lui saisissent le ventre. Elle ressent alors son assurance d’effriter doucement. Alors qu’en entrant dans cette berline sombre, sûre de son pouvoir sur mes sens, Elle s’imaginait prendre les rênes de nos pulsions communes, Elle s’aperçoit soudain, qu’une fois n’est pas coutume, mes désirs la conduiront ce soir là où Elle n’a jamais encore osé s’avouer vouloir s’abandonner. A cet instant, alors que son assurance laisse la place à la domination de ses sens,
Elle n’est plus qu’envies.

Que va-t-il m’arriver se dit-elle?
Je lui souris à mon tour. Je n’essaie pas de dissimuler l’aspect carnassier, prédateur de ce sourire, mon regard m’ayant d’ores et déjà trahi. Je la sens se tendre. Non pas d’inquiétude mais de pure excitation. Ses sens sont affolés. Elle voudrait tout à la fois fuir et se jeter toute entière dans le plaisir qu’Elle anticipe. Aucune réaction de son corps ne m’est étrangère. Elle est trempée je le sais. Elle ne porte pas de string. Seuls ses bas noirs auto-fixants séparent sa peau du siège de la voiture. Son excitation coule sans doute déjà entre ses cuisses vers le haut de ses bas. Je peux déjà sentir le goût de son excitation, la chaleur de sa chatte et les palpitations de son clitoris sur ma langue.

J’ai faim d’Elle. Mon sexe tendu et gonflé, déforme outrageusement le pantalon de mon costume. Elle le voit, ne peut l’ignorer.
C’est le moment. Sans qu’aucun mot n’ait été échangé, alors que seuls nos corps et nos regards se sont exprimés, le chauffeur patientant impassiblement ne pouvant ignorer l’ouragan de pulsions et d’envies dévastant sa voiture, je lui tends délicatement le bandeau noir en soie. Son regard s’affole alors. Passe de mes yeux à ceux du chauffeur qui bien évidemment face à tant de beauté et de sensualité ne peut s’empêcher de l’admirer pour revenir vers ce bandeau. Je la vois un court instant hésiter. Je la connais si bien.
Je n’ignore pas que derrière cette imperceptible hésitation tout son corps lui hurle une fois encore de s’abandonner, de lâcher prise. Elle en crève d’envies. Elle saisit le bandeau. Le passe autour de ses yeux. Il s’en faut de peu pour que je n’aie pas le temps d’apercevoir ce nouveau regard qu’Elle me lance alors. Il n’est plus qu’expectative enfiévrée.
Ce soir, je le sais, d’Elle naîtra le plaisir…

Par Esensuals75

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