Propos recueillis par Pierre des Esseintes, 

20 ans après, le cultissime Message à caractère informatif, revient. Ce début d’année 2018 marque le grand retour des princes du détournement, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, à la faveur de l’émission Crac Crac, sur Canal Plus, dédiée à la sexualité sous toutes ses formes, y compris humoristiques. Et c’est vraiment très intéressant !

Votre dernière production, c’était A la recherche de l’Ultra-sexe, détournement de films pornos des années 1972-1994. Ce film a fait le tour du monde…

On a l’impression que ça ne s’arrêtera jamais ! Nous sommes spécialistes des projets sur 10 ans ! A la Recherche de l’Ultra-sexe a tracé sa route dans les festivals, nous avons beaucoup voyagé pour le présenter, en faisant à chaque fois des petits spectacles, déguisés en robots. On a évidemment profité de nos voyages pour faire toute une série de photos avec notre robot Daft Peunk. Ce travail photographique a donné naissance au flimvre (à la fois livre et film), dans lequel nous avons ajouté plein de bonus : un roman–photo ou l’on raconte l’aventure du film, une recette de cuisine d’Iñaki Aizpitarte, chef cuisiner au Chateaubriand à Paris qui a créé un « plat ultra-sexe » … La série photo a également fait l’objet d’une expo, à Paris, puis à Bruxelles. Benoît Poelvoorde nous a donné carte blanche dans son Intime Festival, à Namur. L’Ultra-sexe va bientôt être doublé en allemand, par deux réalisateurs et acteurs d’outre-Rhin. C’est une super nouvelle !

Il existe donc un duo comique en Allemagne qui a le même humour que vous ?

Oui ! Cela nous a aussi permis de découvrir qu’il existe des comiques en Allemagne (rires) ! Et nous avons toujours l’espoir de réaliser une version américaine. Nous sommes allés plusieurs fois aux Etats-Unis, nous avons les acteurs, mais il nous manque un diffuseur. Ce n’est pas facile à trouver, en plus ce sont des images issues de films porno, ce qui pose de gros problèmes aux Américains. Mais on ne désespère pas !

Vous avez une équipe qui travaille pour vous, pour les recherches d’images ?

Nous faisons l’écriture, les voix, le montage, les bruitages… Mais nous avons une petite équipe très soudée autour de nous. Nous avons toujours nos producteurs historiques, Jean-Arnaud Moria et David Frenkel, qui ont produit les Messages à Caractère informatif. Jean Croc, qui a fait les musiques de l’Ultra-Sex, Emmanuel Augeard, qui s’occupe de tout le design sonore. Plus un ou deux documentalistes qui vont chercher des images pour nous les proposer. Cela représente des milliers d’heures de films. Pour l’Ultra-Sex, nous avons calculé que nous avions regardé à peu près l’équivalent de 2500 films de boule en cinq mois !

Pourquoi avez-vous décidé de revenir à ce concept ?

Nous n’avons jamais vraiment voulu arrêter ! Mais à un moment, nous n’avions plus d’images ! Nous avions quinze documentalistes dans le monde entier, qui partaient faire des recherches dans des bibliothèques spécialisées, des instituts de formation de cadres… Ça commençait à coûter une fortune ! L’Ultra sexe est une sorte de Message à caractère informatif long, à base de films de cul. Pour nous c’est un peu la même chose.

Monsieur Poulpe vous a contacté pour sa nouvelle émission Crac Crac, sur Canal Plus décalé ?

Oui, c’est comme ça que nous avons repris les Messages ! Monsieur Poulpe nous a dit : « ce serait super si vous pouviez faire un message à caractère informatif sexy dans Crac Crac ! » Nous avons accepté avec plaisir, en plus il nous restait plein d’images de l’Ultra-sex que nous n’avions pas utilisé. Ensuite, la directrice des programmes de Canal plus nous a commandé une nouvelle saison pour la chaîne traditionnelle.

Vous allez toujours chercher de vieilles VHS au fond de cartons moisis ?

Non, maintenant, nous nous servons d’Internet, qui existait à peine il y a vingt ans. Nous cherchons dans les parties obscures ou étranges du net, ce que j’appelle le grey net, l’Internet gris, triste, qui n’intéresse personne ! Nous arrivons à y dénicher de sinistres films d’entreprise des années 80-90. On tombe sur des collectionneurs, avec qui nous faisons des échanges, c’est très drôle !

Monsieur Poulpe présente Crac Crac sur Canal Plus Décalé

C’est donc beaucoup plus simple aujourd’hui qu’il y a vingt ans ?

Disons que c’est plus fluide, mais pas forcément plus simple ! Tellement d’images circulent sur Internet que cela nous rend d’autant plus exigeants. Il faut vraiment que nous trouvions des perles ! Nous avons trouvé des images qui ont 35 vues sur d’obscures chaînes de collectionneurs !

Dans vos derniers Messages à caractères informatif, on a l’impression que la dimension politique est de plus en plus présente …

Dans les années 90, nous faisions un message par jour, et aujourd’hui, un par semaine. Les messages sont un peu plus long, et ils sont nourris des films que nous avons réalisés. Nous travaillons davantage en mode fictionnel. Nous écrivons plus, aussi. Les images nous inspirent, nous lancent sur des pistes, et nous avons maintenant le temps de construire un peu plus de choses. Mais notre première motivation, c’est toujours le rire. Ensuite, il est vrai que nous écrivons sur des sujets qui nous donnent envie d’exposer notre point de vue, de glisser un coup de gueule ou un coup de cœur. Sur les 450 Messages, certains sont très politiques, comme celui où un type raconte qu’il est otage de l’entreprise… Aujourd’hui, ce qui favorise l’identification des gens, c’est que le curseur a été déplacé des années 70 aux années 90. Les images sont toujours kitsch, mais nous ressemblent peut-être un peu plus. On a ouvert notre spectre à des formes de communication institutionnelles un peu plus variées.

La suite de notre ITW de Nicolas et Bruno à lire dans Le Mag de janvier/février actuellement en kiosque. Pour trouver Wyylde : Le Mag près de chez vous c’est par ici  !

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