C’est Virginie qui, avec son texte poignant, remporte notre concours Lettres à mon utérus, organisé à la suite de la sortie du livre chorale du même nom à La Musardine. Bravo Virginie !

Pardon pour le retard.

On n’a pas toujours été amis, tu le sais.

Avant mes dix-neuf ans, je savais même pas la gueule que t’avais. Soyons honnête, j’avais une bien meilleure idée de la composition d’un sexe masculin que du mien. T’as dû te sentir délaissé mon joli. Si tu protestais, je te faisais taire à coup de pilules, sans m’encombrer de questions.

Apparemment, mon gynéco avait la même légèreté d’esprit, car voici que tu as commencé ton petit nid. Tu ne m’as pas demandé mon avis sur le père d’ailleurs, un coup d’un soir ou un grand amour, même combat. Tu t’en bats les ovaires, si je peux me permettre. T’as chopé un petit spermatozoïde plaisant et écarté les hormones artificielles. J’apprendrai plus tard que ma belle fertilité n’en avait rien à carrer d’elles. Faudra voir à être plus performantes mesdames la prochaine fois ! Et moi mieux renseignée.

Je ne voulais pas t’écouter. Très bien.

Tu as trouvé le moyen de te faire entendre. Un test, une première barre se précise…La deuxième apparaît.

Ton plan a fonctionné à merveille. Il m’a suffit d’un mois pour comprendre que l’on prenait ses quartiers là-dedans. Mes seins devenus si sensibles, et cette conscience aiguisée… Une expérience unique, du moins pour le moment. C’est fou. On a beau en parler comme d’une chose banale, mais quand ça arrive on reste immanquablement bouche grande ouverte et bras ballants. Tu t’es imposé Utérus, et ce malgré mon mépris envers toi. Je ne savais même pas ton nom ! Je t’appelais comme ton voisin, Vagin. Du coup, lui aussi avait quelques revendications. Vous vous êtes alliés contre moi, petits tyrans. Sauf que j’ai dit non. J’ai refusé la fatalité, pour la première fois.

Avant ton chamboulement, j’étais obéissante. D’abord à mon père adoré, puis à mes frères aux bras si forts. Ensuite ce furent mes enseignants et, enfin, mes amours. Je les croyais tous si puissants.

C’était sans te connaître !

Chacune de ses entités s’est cassée la gueule devant toi, mon merveilleux Utérus. Tu en brûlais de joie ! Mes frères en panique d’abord, si désarmés face à ta volonté. Mes professeurs ensuite, rougissants devant la femme révélée à elle-même, puis mes amours en fuite, en pagaille même. Et enfin mon père, dont l’insulte a sonné le glas de ma naïveté :

« Tu n’es qu’une pute ». Pas très original, je sais.

Seule ma mère t’a aidé Utérus, le sais-tu ? Elle a caressé la peau qui te protège et a dit gentiment :

– C’est à toi, c’est toi qui décides. Ca n’en enlève pas la Beauté.

Alors ma douce Maman, j’ai décidé qu’il était trop tôt pour moi, et je suis partie, va-t-en guerre contre les dents acérées du Vieux Monde.

Tant pis pour l’innocence blanche. J’ai toujours préféré le rouge, il bouge lui. Tu as bien fait ton boulot Utérus, tu t’es contracté au maximum, tu as relâché quand c’était trop douloureux puis tu es reparti de plus belle. J’ai pu mettre à la porte ces quelques cellules pas tout à fait miennes.

A plus tard peut-être mes petites. Sans rancune.

Le deuil a été long, on ne va pas se mentir. Le temps pour ma tête de comprendre qu’elle n’était pas la seule maîtresse ici, qu’elle ne l’a jamais été d’ailleurs.

Aucun regret ne m’est resté de cet adieu.

Et après ?

Tu as changé la donne.

Je suis libre maintenant. Libre d’envoyer se faire foutre les bien-pensants et leurs cortèges de recommandations. Libre de baiser sans honte et sans limites : hommes, femmes, corps joyeux ! Libre de t’enjoindre à te taire aussi, mais en douceur maintenant.

Si tu fleuriras à nouveau? Je ne sais pas, mais écoute-moi à ton tour, mon fort et bel Utérus, écoute : je t’ai pardonné.

Mon corps maintenant, tu en fais partie, et je t’aime.

Virginie

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.