Après la pause estivale, nous nous précipitons tous dans la frénésie de la rentrée, parfois avec plaisir… Rechargés à bloc, débordants d’énergie et de volonté, c’est le moment idéal pour se concentrer sur la performance, l’efficacité, les nouveaux projets… Pour ne pas se perdre, juste après s’être retrouvé pendant les vacances, pourquoi ne pas tenter une sexualité à contre-courant de tant d’agitation ? Le Slow Sex, on vous en a justement parlé tout l’été.

 

slowDownLe concept du Slow Sex, c’est de prendre son temps pour « faire l’amour en conscience », plus qu’un éloge de la lenteur – mais dans une société obsédée par la vitesse et le culte de la performance (et donc, la course à l’orgasme comme droit et devoir, alors que l’orgasme est un cadeau) le Slow Sex s’impose comme un parfait antidote, défendu par de nombreux sexologues et auteurs.

Diana Richardson, auteur de Slow Sex, faire l’amour en conscience, écrit : « Nous proposons de ralentir et d’être pleinement présents à chaque instant de la relation sexuelle au lieu de faire l’amour d’une façon si intensément tournée vers l’orgasme que nous passons à côté de la possibilité de ressentir de subtiles nuances tout au long de l’union sexuelle ». Stephen Vessey, dans Laisser faire l’amour, ne donne pas de conseils pour augmenter le désir, varier les positions, maximiser les performances. Pas d’effort, pas de savoir-faire, pas de but. Pas de surenchère, de toujours plus.

 « Et si la clé d’une sexualité épanouie était d’en faire moins ? »

On vous a déjà proposé sur internet et dans les magazines des recettes et des modes d’emploi en cinq ou dix points, incluant des heures de préparation à deux (du décor à la cuisine), des préliminaires à n’en plus finir, de longs dialogues amoureux, voire même un « striptease sophrologique », et du sexe tantrique dont le climax serait un massage langoureux de la cheville. En insistant souvent sur l’aspect « féminin » de ce genre d’extase de la lenteur – où l’orgasme et la pénétration seraient bien sûr facultatifs. Les préparatifs en couple font partie du plaisir, mais si.  

Si les rayons bougies ou huiles de massage du supermarché vous excitent, si passer des heures avec votre moitié en tablier à ouvrir des huîtres, râper du gingembre et faire fondre du chocolat aiguise votre désir plus que votre appétit, si vous avez des problèmes de dos ou de cheville, vous pouvez suivre ces modes d’emploi – bien que tant de planification et d’efforts semblent, dans la pratique, contraires à l’esprit du slow sex.

« Rassurez-vous : vous pouvez opter pour la simplicité ! » 

Illustration Nicolas Bassez

Illustration Nicolas Bassez

Sinon, rassurez-vous : vous pouvez opter pour la simplicité. Contrairement à ce qu’affirment la plupart des articles, le principal bénéficiaire du Slow Sex est l’homme, sur qui repose encore culturellement toute la responsabilité de la
« réussite » de l’acte sexuel : son orgasme et celui de sa partenaire. Oubliez le but, la pression, et ralentissez.

Ralentir, dans le sens de « se connecter à l’instant présent », ne demande pas une éternité, ni même des heures de préparation ni de pratique. Interrompez-vous dans cette lecture, comme si vous appuyiez sur « pause ». Figez-vous, quelques secondes : ne bougez plus, ne pensez plus, et… sentez. Regardez, respirez, écoutez, sentez votre corps. Ce simple exercice, praticable dans n’importe quelle circonstance (même dans la rue, si vous ne craignez pas les regards… étonnés) transforme votre rapport à la réalité : vous glissez de la pensée à la conscience, avec laquelle vous la confondez. Essayez pendant une conversation, une caresse, une pénétration…

Coupez votre smartphone (si !), tamisez les lumières, mettez votre disque préféré, commandez des sushis ou ouvrez une bouteille de bon vin accompagnée de quelques fromages : créez votre bulle de détente et de plaisir. Massez-vous si vous collectionnez les huiles, ou caressez vous simplement les cheveux. La seule chose importante, c’est la déconnexion du monde, pour vous connecter à vous-même et à l’autre. Pour le dialogue, inutile de préparer de grands discours, certains regards sont plus éloquents que les mots, et vos corps sauront se parler. N’investissez pas dans un cours de sophrologie pour améliorer votre vie sexuelle : déshabillez vous lentement, mutuellement, en même temps ou à tour de rôle. « Having no way as way, no limitation as limitation » (Bruce Lee) : pas de mode d’emploi, pas d’attente, pas de but (et certainement pas l’orgasme) mais une totale ouverture au plaisir de l’échange et de l’instant. Ressentez, et ne pensez pas.

Pas de mode d’emploi, pas d’attente, pas de but (et certainement pas l’orgasme) mais une totale ouverture au plaisir. Et si à un moment, vous ne pensez même plus à prendre votre temps, et que vous laissez vos corps s’agiter frénétiquement… Vous y êtes.

 

Coralie Trinh Thi

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