Suite de l’interview de Pierre, chargé de prod et de diffusion pour la plus grosse usine à cul de France. #part1

Le temps de ?

Le temps de, oui ! Et on a une règle qu’on applique dans tous nos films par rapport à certaines études qu’on a faites : inclure systématiquement une scène porno ou excitante dans les deux premières minutes du film. Tu es obligé de susciter le désir très rapidement; déjà parce que y en a qui ne tiennent absolument pas 10/12 minutes, mais beaucoup moins. Et ensuite parce que sinon les gens vont zapper. Tout simplement.
L’avantage d’un film scénarisé, c’est que tu vas pouvoir le regarder en plusieurs fois, il y a une vraie histoire, une construction, donc les gens regardent ! Les deux premières scènes, puis après les autres, et surtout, tout le monde veut connaître la fin bien sûr ! (Rires)

Mais en général personne ne meurt non ?

Non, tout le monde jouit !

Ça fait quoi d’avoir un métier que la moitié de la terre t’envie ?

Alors déjà j’avais jamais vu les choses sous cet angle, et alors déjà la moitié, je pense que tu exagères !

Il y a toujours une petite lumière qui s’allume quand tu parles de ça, non ?

Ça c’est vrai. C’est drôle en soirée. Quand tu rencontres quelqu’un, et que tu dis ce que tu fais, y a toujours un petit quelque chose qui se passe. Après ça peut-être très sympa comme très très chiant ! Il y a des gens qui ne te lâchent pas. Tu découvres aussi ceux qui sont totalement dans l’hypocrisie. Certains font mine d’être choqués, voire les moralisateurs au début, et finalement à la fin de la soirée, tu te rends compte qu’ils en connaissent beaucoup plus que toi, ils te sortent des noms de films et d’actrices etc… Ça, ça m’est arrivé plusieurs fois !

Mais en général, ça crée un sujet évident de conversation. L’avantage c’est que tout de suite tu parles de ça avec les autres, et tu fais tomber les barrières très rapidement. Ca crée une connexion facile. Les gens se disent que du coup la sexualité est un sujet totalement normal, donc tu parles de sexe avec tout le monde !

Les gens se confient beaucoup, non ? C’est pas un peu relou parfois ?

C’est clair qu’ils se confient très vite. Ça dépend des circonstances, il m’est effectivement arrivé 2 ou 3 fois d’avoir de vrais casse-couilles. Mais souvent c’est plutôt cool, au contraire. Ça peut même être super intéressant. Par exemple quand tu rencontres une nana, c’est un sujet que tu abordes très facilement, et comme c’est primordial dans une relation, tu sais beaucoup de choses très rapidement.

Oui, ça touche à l’intimité absolue !

Oui, mais moi j’aime l’intimité ! (rires)
Ça désacralise le truc. On en parle normalement, tout simplement.

Donc tu es un pornographe heureux ?

Oh oui ! De toute façon, je ne travaillerais pas depuis aussi longtemps dans cette industrie si ce n’était pas le cas. Pour moi, dès le départ, j’ai considéré le porno est un style de cinéma, au même titre que l’horreur, la comédie ou le drame.

Est-ce que tu penses que ta vision du sexe est influencée par ce métier ?

Oui, forcément. Évidemment, j’ai aujourd’hui un rapport qui est autre que celui que j’avais en commençant à travailler là-bas.

Ton expérience la plus traumatisante ?

Un truc m’a un peu choqué, pourtant j’en ai vu, et j’ai pas l’impression d’être facilement “choquable”. On a travaillé à un moment sur du contenu asiatique, et particulièrement japonais. J’ai donc fait du sourcing sur ces films, et tous présentaient très majoritairement un rapport de force très fort qui s’installait directement. Les actrices jouent à faire la “petite fille”; elles ont des corps d’adultes, mais avec des attitudes d’enfants. Pas de lolitas hein, d’enfants ! Elles poussent donc des gémissements de petites filles en détresse, ce à quoi s’ajoute un rapport de soumission à l’autorité très particulier, ça m’a totalement glacé ! Après, il en faut pour tous les goûts, donc on le distribue.

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Et ça marche ?

Ça marche bien, après il y a d’autres choses qui font que cela fonctionne. Il y a certaines actrices asiatiques qui ont des poitrines naturelles énormes par exemple, et comme c’est assez rare sur ce genre de physiques, quand on présente des jaquettes qui mélangent ce côté “innocence”, tu peux difficilement leur donner un âge par exemple, avec un corps à fantasmes, ça se vend très bien effectivement.

Expérience la plus cool ?

Chaque année tu as des salons à l’étranger, tu bosses beaucoup la journée, mais le soir tu sors avec des gens à qui tu es susceptible de vendre des choses.

Comme dans tous les salons en fait ?

Oui, sauf que là tu as un côté très cool car tu es à l’étranger, tu te balades, tu rencontres toutes les actrices et acteurs du moment, ça crée une forte émulation. Tout le monde est désinhibé. Ça peut donner lieu à des soirées très drôles, en plus en travaillant dans ce business, ça te donne accès à des lieux particuliers, que tu ne pourrais pas forcément fréquenter en faisant un autre métier.
J’ai un souvenir particulièrement ému de Berlin, ville extraordinaire pour faire la fête, où les gens sont très ouverts d’esprit de manière générale. J’étais au Kit Kat Club (cf notre article Love Trotter à Berlin). Toute la journée, on est tous en costard. Comme on sortait direct du salon, on arrive avec ma collègue, tous les deux sapés assez classe. Le mec de l’entrée lui demande de se mettre en sous-vêtement, moi je suis un des rares à avoir échappé à la “punition”. A l’intérieur, tu rencontres donc plein de gens que tu as vu toute la sainte journée en costard, sauf que là, les mecs ne sont plus du tout en costard !
Je me suis retrouvé au bar avec un mec que je connaissais, il était en combi-résille avec service 3 pièces à dispo, et nous avons devisé tranquillement, comme si de rien n’était !

Et enfin, ton conseil si on veut travailler dans le milieu ?

Il semble évident qu’il faut être un minimum ouvert (d’esprit ! NDLR) !

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