Sous la forme de 10 commandements, la diva sexy Julia Palombe, artiste aux multiples facettes, pousse un cri contre le sexe 2.0 qui tend à devenir notre standard amoureux. Après l’album sexuellement transmissible Dr Love en début d’année, elle propose aujourd’hui un manifeste pour explorer les infinis plaisirs de l’amour dans une sexualité débarrassée de toute cette mal-baise marchande faite d’orgasmes précommandés, prémâchés, dénués de désir.  

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Ton livre est un manifeste contre la mal-baise ? Est-ce un particulièrement mauvais coup qui t’a donné l’envie d’écrire ton livre ?

Mon livre est un manifeste contre la société de la mal-baise. C’est un antidote à la vacuité sensuelle. Un shoot de joie profonde ! Un rail de liberté ! Une proposition indécente de tous nous envoyer en l’air… dans le respect et l’amour bien entendu ! Il n’y a pas de « mauvais coup ». On n’est toujours le « mauvais coup » de quelqu’un d’autre… L’urgence d’écrire cet ouvrage m’est venu de la nécessité de trouver un chemin pour replacer le plaisir au centre de nos vies. Nous vivons dans une société qui est malade, crispée, mal-baisée ; notre structure sociale est ébranlée (si je puis le dire ainsi)… Il nous faut retrouver la joie !

On sent, notamment à la lecture de ton livre, que le sexe est encore un sujet tabou en France. As-tu rencontré des difficultés pour faire publier ton manifeste ?

Le sexe n’est plus un sujet tabou en France. Le sexe-consommation tel que la société capitaliste nous le fait avaler (c’est le cas de le dire) depuis plusieurs années, est très représenté, voire omniprésent. En revanche, le sexe-plaisir, lui, est refoulé. Entrainant dans sa chute la négation du désir et de la diversité des sexualités. Il nous faudrait nous réapproprier le temps de la rencontre et de la séduction, le goût de l’aventure et la quête de l’expérience… Les plaisirs de l’amour sont infinis et variés. La sexualité ne se résume pas à la pénétration, ni à aucun schéma d’ailleurs. Mon livre propose en 10 commandements de sortir de ce tourbillon infernal de la baise marchande, et de retrouver la joie profonde ! Le fameux « vivre ensemble » dont nous rabattent les oreilles les politiciens n’est peut-être pas si loin… Faire l’amour en conscience est un acte citoyen ! (oui, oui) L’orgasme est notre meilleure arme de construction massive pour un monde meilleur. Moi Président, notre nouvelle unité patriote sera l’identité orgasmique : au lit citoyens ! En avant, aime ! Ce fût une véritable rencontre avec l’éditeur Franck Spengler (Editions Blanche) qui a dirigé mon ouvrage pour les éditions Hugo et Cie. Je n’ai pas rencontré de difficultés pour signer mon manifeste, mais comme en amour, il faut savoir tomber sur la bonne personne…

Observes-tu quand même une évolution des mentalités ? 

Il y a une évolution des mentalités, notamment chez la jeune génération, avide de créativité et de liberté. Juridiquement, la loi du mariage pour Tous, marque un avancement dans l’acceptation d’une sexualité plurielle. Mais pour garder cet exemple, les remous opposés à cette loi montre combien la société est tendue sur ces sujets de sexualités. J’observe autours de moi qu’il y a une envie réelle de libération des meurs, sans trop savoir comment s’y prendre… Comment sortir du système de la consommation à tout-va et à tout-vite ? C’est peut-être la question qui raisonne le plus…

Tu compares souvent le sexe à la nourriture. Si l’amour était un plat, lequel serait-ce ?

L’amour serait la carte infiniment créative et variée d’un restaurant multi-étoilé et itinérant. Qui inviterait tour à tour des chefs, tous plus expérimenté (e)s les un(e)s que les autres … (Ah, la belle vie !)

Valides tu la cuisine comme lieu pour des ébats ?

La cuisine, le salle-de-bain, le grenier, le balcon, le jardin… Tous les endroits où votre joli petit cul peut se glisser ! « Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir » dit un vieux dicton français… Soyons des rebelles pacifiques qui participent à l’évolution d’un monde jouisseur ! Et brandissons haut et fort la flamme du désir !

Clem belle  (1)

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de ton livre ?

CONSIDÉRER LA JOIE COMME UNE PRIORITÉ. Pour vivre ensemble -dans la paix et l’amour-, nous devons reconsidérer la Joie. Qui n’est pas un truc d’imbéciles heureux comme certains voudraient le croire. La Joie prend sa source dans l’enthousiasme, jaillissement infini, qui ravive les corps et les esprits. La joie crée de la communication avec l’autre, elle est inventive et nourri inlassablement notre appétit de vie. Que demander de plus ? Il nous faut entretenir l’émerveillement, si nous voulons ouvrir les portes du monde et accéder au plaisir.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui pense être un mauvais coup ?

Encore une fois, le « mauvais coup » n’existe pas. Il y a parfois des rencontres maladroites, ou des partenaires qui ne nous conviennent pas, voilà tout. Nous ne sommes pas des objets, nous avons des humeurs, des sentiments, et naturellement il y a quelque fois des soucis d’accordage… Comme en musique (puisque c’est un de mes terrains de jeux favori), je conseillerai à qui souhaite avoir une sexualité évolutive et joyeuse, de :

– Faire ses gammes régulièrement tout seul ou accompagné-e (oui je vous invite à vous masturber en solitaire ou en couple)

– Ne pas hésiter à s’entraîner à la maîtrise de certaines œuvres du répertoire (oui, je vous conseille de découvrir les fameuses positions du kamasutra)

– Se cultiver en ce qui concerne votre instrument et les infinies possibilités d’en jouer (oui, je vous recommande d’ouvrir des livres ou d’aller voir des films qui parlent du corps humain et des sexualités).

– Et enfin, de ne pas se prendre au sérieux ! La vie, comme la sexualité, est une fête ! Fuyez la gravité, et adoptez la légèreté !

Julia vous offre une mise en bouche avec un extrait de son livre en exclusivité !

MACHOLAND : « DEUX EN UN »

Allongée sur ma serviette, la tête renversée, je l’aperçois. L’eau de la
douche ruisselle sur son corps, sa bouche charnue croque dans une pêche
mouillée. Pincez-moi, je rêve ! Je me frotte les yeux, me retourne ventre
à terre et projette à nouveau mon regard de rapace vers lui. La plage est
déserte. Je regarde l’homme. Ses épaules de nageur sont irrésistibles, ses
cheveux mi-longs lui reviennent sauvagement sur le front. J’ai envie de me
branler. Soudain, l’improbable se produit : un deuxième homme se glisse
sous le jet d’eau. Sa copie conforme. L’espace d’un instant, je crois être
aveuglée par les reflets de l’eau. Mais je ne vois pas double, ils sont bien deux.
De magnifiques jumeaux de quarante ans, qui s’en vont vers leur rafiot…
Sans réfléchir je me lève comme un zombie et me dirige vers eux,
couverte seulement d’un monokini laissant nue ma poitrine arrogante et
bronzée. Je pénètre dans l’eau salée d’un trait. À demi enfoncée dans les
flots, je nage autour de leur petit bateau à voile, tel un requin affamé.
Le soleil n’est pas levé depuis longtemps, mais déjà il tape fort sur nous.
L’un d’eux m’aperçoit en premier : « Je ne savais pas qu’il y avait de si
jolies sirènes par ici ? » Moi : « Je ne savais pas qu’il y avait de si beaux
matelots… » « Tu viens avec nous ? » me demande son frère. Je ne suis pas
seule, ma mère est là avec son compagnon, de l’autre côté de la dune de
sable. Je ne peux décemment pas quitter la rive avec deux inconnus. Je leur
donne rendez-vous au même endroit à 17h.

J’ai emprunté la voiture de ma grand-mère pour me rendre au rendezvous.
Ils sont là, sourire aux lèvres. Nous traçons un sillon dans l’océan.
En pleine fleur de l’âge, ils ont la bandaison décontractée. Leurs queues sont
vives, tendues comme des arcs. Tour à tour, ils tirent leurs flèches dans les
recoins de mes grottes sauvages. Cris. Soleil. Ciel bleu.
« On n’obtient un accès amoureux à l’autre qu’en étant accepté soimême
comme moyen de paiement. […] Envisager l’amour comme pratique
implique de prendre au sérieux l’idée de don de soi. » Michel Bozon
Sérieuse dans ma pratique (sur les bons conseils de tonton Michel !),
je donne de ma personne… En retours approbateurs, je reçois les bons soins
de mes amants. Dans cette triangulaire salée se joue – de fait – l’amour
dénué de jalousie et de possessivité. Le « deux », sujet à toutes les emprises
hystériques, n’existe pas dans notre coquille de bois, puisqu’il a été écarté
dès le départ au profit du « trois ». Sensualité sauvage sans domination.
Sujets désirants et désirés, libres.

J’observe mes deux marins insouciants et virils. Je me demande
quelles sont leurs vies jusqu’à moi. Est-ce la première fois qu’ils le font
ensemble avec une tierce personne ? La chose paraît à la fois nouvelle et
naturelle. Je vois leurs regards se croiser parfois. Il n’y a pas de gêne. Ils
sont à la fois seuls avec moi, et ensemble. Il n’ y a pas d’ego. Ils veulent
chacun me posséder, mais sont désireux que l’autre aussi me possède à
son tour. Il n’y a pas de supériorité masculine. Je suis, pour eux, un
Homme comme les autres. Pourquoi cela paraît si simple à trois, alors
que c’est parfois si compliqué à deux ? C’est élégant, aérien, vertueux.
Comme si le bouleversement – passer du couple ou trouple – avait ajouté
un supplément de conscience et de sensibilité entre nous. Humainement,
peut-être sommes-nous plus intéressants lorsque nous sommes mis en
danger, en terrain inconnu ? Pendant que je divague, ils me vénèrent
et me hissent au sommet de mes jouissances. L’amour est une symphonie.
Nous jouons nos partitions, avec pour seul souci celui de créer un ensemble
céleste. Bourdonnements, saccades, bruissements, silences. Nous baisons en
pleine mer sans retenue. Excitation. Gazouillis. Volte-face.
L’expérience du « trois » nous enseigne le don de soi et nous fait
entrevoir les limites inutiles que nous posons au « deux ». Soyons en couple
comme nous le sommes dans les sentiers nouveaux : défricheurs, chasseurs,
curieux !

Finissons-en avec le cliché du « toi et moi pour toujours », qui éclot sur une
sorte d’amour-prison inacceptable. Pour que le couple respire, il a besoin d’être
au grand air. Prenez le large ! Quel que soit le nombre de passagers à bord
de votre radeau amoureux, interrogez vos désirs avec ardeur.
En rentrant sur la terre ferme, ils ont attendu que je démarre ma voiture
pour me lancer des « ciao Bella » enjoués, à travers ma vitre baissée…

 Au lit citoyens ! 9,99€ aux éditions Hugo & Cie – Blanche. En librairie le 15.09.16

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