Nicolas Charlet et Bruno Lavaine partent A la Recherche de l’Ultra-Sex. Le duo infernal de réalisateurs propose un long-métrage d’aventures sexuelles et spatiales à base d’archives du porno mondial. Dans la lignée de leurs Messages à caractère informatif, des sketchs s’appuyant sur le détournement de vidéos d’entreprises, diffusés à la fin des 90’s sur Canal Plus, ils prêtent leurs voix à ces acteurs qui ont fait l’âge d’or du X. Images et dialogues rocambolesques : bienvenue dans l’univers de Nicolas et Bruno.

C’est quoi “L’Ultra-sex” ?

Nicolas Charlet et Bruno Lavaine : C’est le Graal, quelque chose que tu recherches et que tu crains, une entité étrange matérialisée par un couple, une matrice qui incarne le désir sur Terre. C’est surtout ce qui meut les protagonistes, le MacGuffin d’Alfred Hitchcock, un prétexte narratif.

Comment vous êtes-vous lancés à sa recherche ?

Le projet est né dans le cadre des trente ans de Canal Plus. Arielle Saracco, la Directrice du pôle Créations originales, nous a demandé si le cul nous inspirait. En tant que figures historiques de la chaîne, il s’agissait de proposer une production inédite. Elle nous a donné carte blanche. On avait le vieux fantasme de réaliser un long-métrage sur la base du détournement. Quand l’idée d’utiliser de vieux pornos est née, nous pensions en avoir pour trois mois de recherches et de montage. En fait, ça en a duré neuf ! On ne soupçonnait pas la richesse du genre. Au fil de nos nombreuses découvertes, nous nous sommes concentrés sur des vidéos improbables et what-the-fuck, qui étaient passées inaperçues. On s’est rendu sur les tubes pornos et on a trouvé facilement du vintage avec des fiches détaillées. On a aussi traîné dans les vidéo-clubs. Nous avons rencontré Jo Khalifa, le directeur du Club 88 qui nous a calmés en nous expliquant qu’il avait une grosse collection de DVD et de VHS, plus de 100 000 titres. Il fallait donc s’entourer de spécialistes : collectionneurs, journalistes… Tous des obsédés sexuels. Ils nous ont aiguillés. On a quand même visionné 2500 films en cinq mois, soit 40 par jour chacun, souvent en avance rapide. Nous avons mis de côté 300 séquences qui nous inspiraient et des tendances ont fini par se dégager. On a construit l’histoire après, en sortant une photo de chacune de ces scènes et en associant des images, comme dans un exercice d’école de cinéma.

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Certains disent que regarder trop de porno nuirait à la santé. Vous vous sentez bien ?

On est en pleine période de sevrage ! Deux vidéos par jour, pour redescendre en douceur.

Pourquoi vous êtes-vous arrêtés sur la période 1972-1994 ?

À la recherche de l’Ultra-sex est un voyage dans l’âge d’or du cinéma porno. On s’est naturellement orienté vers cette période qui rimait avec folie, humour et liberté, et où tout semblait possible. C’est dans notre ADN : on aime le kitsch, les moustaches, les brushings… Les mecs se marraient, tournaient cinq films dans le même décor en papier crépon. La partie vidéo-club nous intéressait aussi, avec l’aérobic, les tenues fluo et les Ferrari rouges. Nous voulions saisir cette légèreté et montrer l’évolution des corps et de la façon de les filmer. Après les années 90, on quitte progressivement la narration, les personnages et le premier degré pour des scènes plus courtes centrées sur la performance. En 1994, les premiers regards caméra des actrices apparaissent. Ils vont de pair avec une disparition des hommes, qui deviennent de simples troncs. Internet a parachevé ce tournant. On est passé d’une industrie de fiction à une industrie de service.

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En jouant la carte de l’humour, votre film permet de dédramatiser un genre qui a mauvaise réputation. Pourquoi renvoyer cette image du porno ?

Le cinéma X a souvent rendu hommage au traditionnel ou s’en est inspiré. On a voulu faire l’inverse en partageant nos trouvailles avec le grand public, persuadés que personne n’avait jamais vu ça. Face à ces mecs qui conduisaient des vaisseaux spatiaux à poil, à la compétition de baise-roller ou au Cyrano de Bergerac avec un nez en forme de bite, on se disait : mais qui a eu l’idée d’écrire ces histoires délirantes ? Comment ces personnes ont-elles réussi à convaincre une équipe et à distribuer leurs films dans le monde entier, pour qu’ils arrivent jusqu’à nous en 2015 ? Et surtout, en quoi est-ce excitant ? Quel est le but ? On a joué avec ces productions incroyables qui avaient été tournées très sérieusement, sans s’en moquer pour autant.

À la recherche de l’Ultra-sex est interdit aux moins de 16 ans. Comment cette catégorie a-t-elle été déterminée ?

La question de la classification est très complexe. Les chaînes de télévision sont responsables de leurs programmes vis-à-vis du CSA. Elles s’auto-censurent par rapport à des limites assez floues. On a demandé à Henri Gigoux, qui programme du X sur Canal Plus depuis toujours, de déterminer une charte précise. En bref, l’interdiction aux moins de 18 ans correspond à l’explicite, quand celle aux moins de 16 ans implique une possible simulation des rapports sexuels. On savait ce que l’on voulait montrer. On tenait à travailler sur la frontière entre le cul et le rire, ce que nous avions déjà abordé dans notre précédent long-métrage, Le grand méchant loup… Et qui supposait la nudité.

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Quelles limites vous êtes-vous fixées ?

Celles de l’humour. Par exemple, on a choisi de montrer la scène de fellation du Cyrano de Bergerac au nez en forme de bite, qui provoque un mélange de rire et de dégoût, en se demandant sans cesse : jusqu’où aller dans le montage ? On a hésité, mais on a coupé avant l’éjaculation. La difficulté reste de rire à plusieurs devant des histoires de cul, parce que l’on touche à l’intime. Il s’agissait de retrouver la décontraction des années 70, où un tiers des cinémas des Champs-Élysées, entre autres, diffusaient des pornos. On a découvert cette dimension « détente » lors de la première projection d’À la recherche de l’Ultra-sex au Palais de Tokyo. L’ambiance était géniale. Certaines personnes avaient des a priori, mais elles ont été prises d’un rire de déculpabilisation et riaient d’autant plus.

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Aujourd’hui, quelle définition donneriez-vous de la pornographie ?

On pensait savoir ce que c’était. Maintenant, on est complètement perdus. Face à un long-métrage d’espionnage qui comprend de rares scènes explicites, on peut s’interroger, parler de film X… Ou de film complet pour adultes ! Au final, la pornographie est une terminologie morale qui est devenue esthétique.

Vous projetez À la recherche de l’Ultra-sex tous les week-ends au Studio Galande à Paris et vous avez organisé une tournée en province. En quoi votre projet est-il participatif ?

Les idées sont venues au fur et à mesure, grâce aux interactions avec les spectateurs. On a pensé que ce serait cool de montrer notre film dans toute la France et de proposer des animations. On a fait concevoir les costumes des robots de Daft Punk, des personnages d’À la recherche de l’Ultra-sex; on s’est déguisé et on a inventé une chorégraphie. Animés par le désir de partage, nous avons aussi mis en place un atelier pour “redoubler” des extraits avec les spectateurs, et vivre l’expérience ensemble. Nous avons exporté notre concept temporairement, en participant au Festival International de Film de Fribourg en Suisse, puis au Fantastic Fest d’Austin, et en le présentant à la Cinémathèque américaine sur Hollywood Boulevard. La prochaine étape serait de traduire et d’adapter les dialogues en anglais pour deux acteurs américains. Les négociations sont en cours.

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Nicolas & Bruno

 

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