De l’art ou du cochon ?

Heurter votre pudeur au nom de l’art… coup de génie ou grand délit ?

La 16 janvier 2016, Déborah de Robertis se déshabille devant l’Olympia de Manet exposé au Musée d’Orsay pour imiter le modèle et offrir ainsi aux visiteurs une seconde lecture du tableau. Elle a rapidement été interceptée par les surveillants du musée puis placée en garde à vue, sans même avoir eu le temps d’aboutir sa performance « Finalement, j’ai l’impression de n’avoir même pas pu me déshabiller. » Révèle-t-elle à FranceTVinfo.fr. Coupable d’exhibition sexuelle mais dispensée de peine (on rappelle que ce type de délit peut mener jusqu’à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende) la jeune femme s’indigne de ce traitement : « Pour moi, ça annule le message. C’est une forme de censure, une manière de dénier le point de vue artistique, pour conclure par, l’exhibition sexuelle, c’est une perversion. Là, ce n’est pas du tout le cas. » 

Et cette artiste n’en est pas à son premier coup d’éclat, elle s’était déjà fait connaître du grand public en mai 2014 exposant sa vulve écartée devant le très célèbre « L’Origine du Monde » de Gustave Courbet. Une démarche artistique qu’elle poursuit depuis les années 2010 et dans laquelle elle souhaite que le spectateur s’interroge sur la représentation du sexe féminin et le rôle spectateur/objet dans l’art.

Ca part d’un bon sentiment, Déborah, mais c’est la forme qui dérange…

C’est de l’art donc ce n’est pas un délit ?

« L’exhibitionnisme est un geste impulsif, pas un acte de création. » rappelle-t-elle, agacée par sa garde à vue, dans L’Est Républicain.

Si on peut lui pardonner l’association du terme « exhibition sexuelle » avec celui de « perversion » et/ou « geste impulsif » (car il existe de multiples motivations pour s’exhiber et cette vision est très réductrice) et lui concéder qu’elle n’y a certainement retiré aucun plaisir sexuel, la jeune artiste semble s’asseoir sur une notion très importante du délit d’exhibition sexuelle, celle du non-consentement du spectateur et du lieu dans lequel elle se trouvait.
Ce n’est donc pas la nudité de la personne qui dérange ici, c’est qu’elle soit imposée au détriment de la sensibilité et de la pudeur de chacun, et quelle soit utilisée délibérément pour « choquer » des personnes qui n’en avaient pas (tous ?) l’envie.
Et pourtant, cette notion de consentement, ou plutôt de reconnaissance, se retrouve intrinsèquement liée à l’essence même d’une œuvre artistique. (Attention, c’est là que je vous perds…)

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Le délit d’exhibition sexuel peut-il être artistique ?

L’exhibition sexuelle, par son caractère transgressif, véhicule un message fort, provoquant. Il est notamment utilisé comme moyen d’expression pour certains mouvements contestataires (dont un des plus connu est les Femen). Il est assez facile de comprendre la démarche de Déborah et sa volonté de communiquer, d’interroger, d’intéresser. Mais est-ce vraiment « artistique » ? Selon l’anthropologue Marcel Mauss « un objet d’art, par définition, est l’objet reconnu comme tel par un groupe ». En ce sens, on ne peut pas s’autoproclamer artiste tout seul, car l’art n’existe qu’à travers une audience qui le reconnaît comme tel. La reconnaissance subjective de chacun est donc primordiale : si des visiteurs n’ont pas approuvé la performance imposée de l’artiste et qu’elle a été interrompue par un lieu à vocation culturelle, on est alors en droit de se poser légitiment la question de la dimension artistique de cette intervention…

De l’art ou du cochon ? C’est à donc à vous d’en décider !

Flore Cherry

Retrouvez Flore Cherry sur Union.fr et plus d’infos dans l’enquête Le sexe et la loi 

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