Aujourd’hui, prendre soin de son corps et érotiser son image sont devenus tendances. Face aux diktats sexuels actuels, les cours de pole dance, de méditation orgasmique et d’écriture érotique constituent-ils des espaces d’émancipation ?

 Depuis quelques années, les ateliers autour du corps et de la sensualité se développent, faisant de plus en plus d’adeptes. Danses libératrices, initiations sexo-spirituelles, rendez-vous militants : ils ciblent tous les âges… et certains porte-monnaie, avec un seul mot d’ordre, la quête du plaisir, qu’il soit physique, intellectuel, ou les deux.

Photo Booty Therapy

Photo Booty Therapy

Burlesque, pole dance et twerk : les décadanses

Entre danse, effeuillage et humour, le burlesque s’inscrit dans cette mode. Popularisé aux XIXe et XXe siècles par les cabarets parisiens comme Le Moulin Rouge, il s’exporte aux États-Unis et connaît un âge d’or dans les années 40/50, boosté par la culture rock ‘n’ roll, avant de se marginaliser à l’heure où la télé devient reine et où la nudité se banalise. Mais, à la fin des 80’s, avec la naissance du néo-rockabilly et du psychobilly en musique, la fascination pour les tatouages et les icônes d’antan, se déploie le new burlesque, mouvement artistique et féministe associé à la contre-culture. Et en 2016, qui n’a jamais entendu parler des revues de la charnelle Dita Von Teese ?

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Cet héritage, Cherry Lyly Darling (cherrylylydarling.com), effeuilleuse burlesque, directrice de la Tassel Tease Company et productrice de spectacles, le défend dans ses ateliers parisiens. Sur la base de 18€ l’heure, elle enseigne la démarche en talons, les postures de pin up ou encore l’art du music-hall, mettant l’accent sur le glamour, le rétro, la féminité. Le matériel et la tenue varient selon l’exercice, « mais une paire de talons confortables est obligatoire, » précise-t-elle.

La pole dance mêle chorégraphies, figures aériennes en rotation et acrobaties autour d’une barre métallique verticale. Née au Canada dans les 20’s, elle aurait d’abord été pratiquée dans les cirques par des danseuses durant les entractes, puis par les strip-teaseuses dans les clubs. Elle a quitté l’univers érotique à partir des 90’s et s’est codifiée.

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Marion, 30 ans, l’a pratiquée pendant un an à l’école Pole Dance Paris (poledance-paris.com) : « On arrive dans une salle où il y a six ou sept barres fixées. Parmi les élèves, des petites, des vieilles, des grosses… On sait qu’on est toutes là pour tenter un truc de l’ordre du fantasme, mais à 10h un dimanche matin, personne ne vend du rêve ! » Débutent les échauffements de type yoga. Puis, les élèves passent tour à tour pour reproduire les mouvements, des « spins » ou des « tricks », figures en rotation et en fixe sur la barre.

Le twerk, lui, est une danse qui concentre l’énergie du corps dans le va-et-vient des fesses, sur des rythmes afro-urbains élastiques et contrastés comme la trap. Contraction de “twist” et “jerk”, son nom est issu de la scène bounce et queer de la Nouvelle-Orléans des 90’s. C’est l’un des avatars d’une culture transmise par les esclaves noirs déplacés en Amérique, opérée dans les ghettos urbains et remise au goût du jour par les poids lourds de l’industrie musicale US.

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Fannie Sosa, artiste et chercheuse féministe, en est une fière représentante : “Le twerking est le kiff de [se] bouger le cul consciemment. [Il est] spirituel, une forme de guérison par le mouvement,” explique-t-elle dans le court-métrage documentaire de Marilou Poncin, Cosmic Ass. Maïmouna Coulibaly, formatrice, parle quant à elle de “décoincer ses émotions en décoinçant son bassin, où se trouve le chakra sacré”. Elle a mis au point la Booty Therapy (booty-therapy.com). À partir de 20€, elle vous promet d’évacuer les soucis, de vous tonifier et de renouer avec votre féminité.

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Des érotériques aux sexo-intellos

Le tantra et la méditation orgasmique invitent à l’exploration douce et transcendante de son corps. Apparu au Ve ou VIe siècle après J.-C., le tantrisme est un ensemble de textes, de doctrines et de rituels qui se sont infiltrés dans plusieurs branches de l’hindouisme et du bouddhisme. La partie consacrée au sexe recouvre des pratiques rares et complexes, réservées aux initiés. En Occident, le « sexe tantrique » tient donc davantage de l’extrapolation. Selon l’historien Alexandre Astier, « la transgression d’interdits sociaux et moraux, ainsi que l’utilisation de la force sexuelle dans le tantrisme ont beaucoup fait fantasmer les Occidentaux. » (L’hindouisme, 2013).

Photo Turn On

Photo Turn On

Ancien garde du corps et fondateur d’Ayuneda (ayuneda.com), Frédéric Manthé propose des massages tantriques, du coaching et des formations où il partage son savoir tactilo-spirituel. Son tantra est « un concept, une passion, une perception du toucher, » affirme-t-il. « C’est quand on s’arrête de masser, entre deux gestes, qu’une énergie se diffuse dans le corps. » De la lenteur émergerait le renouveau. « Le massage permet de travailler sur l’acceptation de soi et de ses imperfections. Il peut contribuer à redonner de la libido, de la confiance en ses sensations. » En revanche, Frédéric cherche à défaire l’image lascive qui colle à la peau de sa discipline. « Inutile d’y venir parce qu’on y voit quelque chose de sexuel. » Prendre soin de son corps et se délester de ses problèmes peut avoir des conséquences positives sur sa sexualité, mais n’est pas sexuel.

Photo Ateliers Ecrits Polissons, organisés pas Flore Cherry

Photo Ateliers Ecrits Polissons, organisés pas Flore Cherry

La méditation orgasmique (OM) est le cœur du « Slow sex », un courant initié par Nicole Daedone à San Francisco au début des 2000’s. L’objectif ? Susciter la pleine conscience des sensations causées par la caresse du clitoris, en simplifiant et isolant au maximum cette stimulation. En bref, une personne s’allonge et son partenaire touche son clit’ avec un gant en latex pendant une durée minutée et méditative, lors de séances privées ou collectives. En France, Aurélie Le Guillou a monté les ateliers Turn On. Sur turn-on.fr, elle précise que l’OM est ouvert à tous ; il révèle aux hommes le secret de l’orgasme des femmes, « ses pics et ses vallées de sensations » avec lesquels ils peuvent entrer en résonnance jusqu’à devenir de vrais « Jimi Hendrix du plaisir féminin », tout en oubliant l’obsession de performance.

À mi-chemin entre la pratique et la théorie, certains cours s’adressent aux sexy brains. Parmi eux, les Dînécritures (lanarrative.com) sont des ateliers d’écriture érotique qui se concluent par un dîner et une lecture publique. Lancés par Marion Favry en 2014, ils ont lieu dans le chaleureux salon de thé parisien Les Voyages de Laure. Pour l’auteur et documentaliste scolaire à la ville, joindre la chair à la bonne chère participe de la convivialité. Elle débute par des propositions souvent inspirées par ses livres de chevet. Pendant la rédaction, on apporte l’entrée et la soupe. À 21h, on ouvre aux curieux qui viennent écouter les textes : « On passe au plat de résistance et au dessert. Chacun lit ce qu’il a écrit et c’est très gai. »

Photo Wieglas pour Erostictratie

Photo Wieglas pour Erostictratie

Pour nourrir son imaginaire, rien de tel que les rendez-vous d’Erosticratie (erosticratie.fr), animés par des artistes amateurs de sexualités créatives. Conférences, expos, masterclass, festival Erosphère… L’érosticrate Aurélien Jena met en avant la variété des formes utilisées pour traduire les univers sexuels dont Erosticratie se fait le porte-parole. Il s’attarde sur le voyage sensoriel « La Chahutocratie » organisé en partenariat avec l’association “Les chahuteuses” : “En un jour, ces ateliers permettent d’apprendre à exprimer sincèrement ses envies et ses limites dans un espace safe, ludique et sensuel. Oser brancher quelqu’un, dire oui, dire non ou recevoir un vent… Ça s’apprend ! »

photo empruntée au site de Cherry Lily Darling

photo empruntée au site de Cherry Lily Darling

Girl power

Le burlesque, la pole dance et le twerk proviennent de la culture populaire et de spectacles de « mauvais genre » dédiés aux hommes. Ils se transformeraient désormais en outils d’émancipation pour les femmes. Selon Cherry Lyly Darling, l’effeuillage rime avec esthétisme et véhicule des idées multiples : « Il peut être classique, juste beau, léger, onirique ou plus new burlesque avec un message particulier : politique, revendicateur, humoristique. » L’effeuilleuse punk Juliette Dragon revendique un discours engagé. Elle a fondé L’École des Filles de Joie en 2008, où elle accueille des femmes de 18 à 70 ans et les accompagne dans la réappropriation joyeuse et décomplexée de leur corps.

La féministe Angela McRobbie s’est intéressée au changement de réputation de la pole dance. Elle l’explique par les progrès en matière de remise en cause du patriarcat. Libérées des tabous liés à cette discipline, les femmes ont moins peur du “slut-shaming” (attitudes agressives envers celles dont le comportement sexuel est jugé hors-norme) et affirment leur pouvoir de séduction. Certaines s’en servent pour faire tourner la tête des hommes et rétablir l’égalité des sexes. Plus encore, c’est le rapport à l’argent qui modifie la nature symbolique de la pole dance : une employée de night club est soumise au bon vouloir de son patron et danse sur commande. Dans le cadre d’un cours, au contraire, une femme devient cliente et choisit quand et pour qui elle révélera son art en dehors des entraînements.

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Fannie Sosa, artiste et chercheuse, se définit comme une twerkeuse féministe. Un oxymore ? Elle a l’art de poser le débat. En témoigne Cosmic Ass, la vidéo dans laquelle elle intervient : “Souvent ceux qui prétendent que twerk et féminisme sont incompatibles ne savent ni ce qu’est le twerk, ni ce qu’est le féminisme.” Selon elle, toutes les danses populaires comportant des influences de la région “saharasiatique” perpétuent ce mouvement ancestral qui pourrait trouver son origine dans “le culte de l’espace utérin et de son pouvoir autorégulateur”. Le twerk serait à la base une technique de contraception et un emblème de pouvoir des femmes sur leur propre corps.

Libérer la parole pour libérer le corps

Le succès des ateliers autour du corps et de la sexualité s’explique aussi par une tendance à l’intellectualisation de l’intime. « Let’s talk about sex », chantait le groupe Salt-N-Pepa. Naturel, source de fantasmes et de plaisir, reproductif, le sexe peut néanmoins se confronter à la morale, devenir politique, dangereux, militant. Le sortir de la sphère privée n’est pas évident, bien que le milieu scientifique et universitaire ait fait avancer les choses – poke Masters et Johnson, les chercheurs qui ont inventé la sexologie humaine moderne dans les 60’s.

Photo Wieglas pour Erostictratie

Photo Wieglas pour Erostictratie

Sans doute est-ce la rencontre de la science, d’une relative libération des mœurs et de l’outil Internet qui a permis aux ateliers et autres conférences à caractère sexuel de fleurir. Depuis 2011, la Fête du slip de Lausanne s’impose ainsi comme un rendez-vous artistique des sexualités. Le Festival du Film de Fesses s’est monté trois ans plus tard à Paris : lui valorise les films culottés. Des tables rondes ont été programmées à la Gaîté Lyrique sur la culture porn et la bisexualité… La liste est longue et reflète une envie de comprendre, de se libérer, tant au niveau de l’esprit que du corps. C’est ce qu’Aurélien Jena d’Erosticratie prône : « Nous essayons d’amener le désir, le plaisir, l’amour, le sexe sur la place publique, parce qu’ils en ont été ôtés, cachés, pour de mauvaises raisons. »

Plus de fluidité entre les genres et les sexualités

Si Erosticratie assume son militantisme, tous les ateliers peuvent contribuer à plus de fluidité entre les genres et les sexualités, plus d’ouverture, d’acceptation de soi et des autres. Pour Ludivine Demol, chercheuse en Gender & Porn studies, beaucoup offrent “une représentation alternative à la sexualité hétéronormée, androcentrée et sexiste majoritairement présente dans notre société, permettant aux élèves de découvrir d’autres pratiques.” Et d’ajouter : “La présence de cours et ateliers autour du body positive, du polyamour, etc., est le signe que le modèle véhiculé par la société est excluant pour beaucoup.” Ils deviennent des espaces où l’on peut construire, revendiquer et renforcer son identité.

Le boylesque

Le boylesque

L’effeuilleuse Cherry Lyly Darling est fière de donner des cours de « boylesque », récent en France : « Les hommes aussi peuvent s’émanciper des normes en se dénudant. C’est très intéressant de voir que, hétéros ou homos, ils ont envie à travers l’effeuillage d’avoir les mêmes ‘droits’ que les femmes.” Fannie Sosa voit également le booty shaking comme une pratique mixte. Dans un article de Retard Magazine, elle confie que son twerk « est un endroit d’exploration [du] cul, le ghetto du corps, cet endroit interstitiel démocratiquement érotique (qui n’a pas d’anus ?) qui est transversal à la race, l’âge, le genre, la différence. C’est un endroit trans, et de résistance à la terreur binaire, homme vs femme, corps vs esprit, naturel vs. culturel. »

« Assister à un cours de sexo, c’est vivre une expérience utilisateur. »

Confiance en soi, créativité, plaisir, débat… Que vient-on chercher dans ces cours ? Pour Ludivine Demol, « ils offrent une sorte de ‘refuge’ où certain.e.s se sentent concerné.e.s et compris.e.s. » Il s’agit de trouver des réponses à nos questions intimes. Nathalie Giraud Desforges, sexothérapeute et organisatrice d’ateliers sexos (pimentrose.biz) souligne leur aspect concret : « S’informer c’est bien, vivre les expériences au travers de stages de développement personnel, c’est plus vivant et enrichissant. » Elle associe cette vision empirique aux articles de blogueurs basés sur la transmission du vécu, type « J’ai testé pour vous » : « Ils ont une influence considérable sur leurs lecteurs. »

Atelier Ayuneda Massage Tantrique

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Ce phénomène correspond aussi à l’essor d’un principe que l’on trouve dans de nombreux domaines, des Wonderbox aux cours de brassage de bière. “Aujourd’hui, la possession matérielle n’étant plus signe de richesse, la possession de compétences et d’expériences prime. Assister à un cours de sexo et/ou autour du corps, c’est vivre une expérience utilisateur, » analyse Ludivine Demol. Un nouveau mode de consommation du sexe qui s’ajoute à une gamme de produits en vogue : sextoys, lingerie, vidéos.

Tous ces ateliers fondent par ailleurs leur modèle économique sur une demande qu’ils n’ont pas intérêt à satisfaire trop vite. L’effet pervers lié à la recherche du profit est à prendre en compte lorsque l’on s’inscrit, tout comme le bagage idéologique des organisateurs, qu’il convient de questionner. Quand passe-t-on d’une expérience qui décomplexe à la mise en place d’une dépendance à la bonne parole de gourous du bien-être autoproclamés ? Et puis rappelons que l’on n’est pas obligé de payer pour se faire du bien. #masturbation

L’obsession du bien-être

Manger healthy, se mettre au yoga ou au running, agencer son intérieur selon les règles du feng shui… Les ateliers autour du corps et de la sexualité s’inscrivent dans une tendance globale du bien-être. Si la détente, le plaisir et la santé sont trois mots plutôt friendly, quand on les enferme dans le cadre de la mode, qu’on les associe à la recherche de contrôle et de perfection inhérente à nos sociétés occidentales, ils peuvent fabriquer de nouvelles injonctions.

Dans une interview publiée sur asv-stp.fr, le « labo du couple 2.0 », la journaliste et anthropologue Agnès Giard va dans ce sens : « Nous vivons dans une société qui opère de façon subtile une normalisation de la sexualité à l’échelle mondiale. Depuis quelques années, l’OMS et les Nations Unies proclament […] que la sexualité est bonne pour le bien-être… Bientôt, elle ne sera plus qu’une affaire de santé ou d’épanouissement personnel. Les institutions internationales se font un devoir de rendre le plaisir juridiquement obligatoire. »

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Le masseur tantrique Frédéric Manthé parle d’une industrie et d’une instrumentalisation qui entretiennent les problèmes personnels : « Il n’y a pas un grand hôtel qui n’ait pas un espace dédié au bien-être. Et beaucoup de gens ne pensent qu’à ‘aller mieux’ plutôt qu’à ‘aller bien’, donc à vivre au présent. » Les médias participeraient de cette obsession de l’épanouissement physique et sexuel. Ludivine Demol s’appuie sur l’exemple des statistiques largement relayées dans la presse : “On nous rabâche les oreilles avec les Français qui ont environ trois relations sexuelles par semaine. Les couples qui dépassent ce chiffre sont considérés comme des chauds lapins, quand ceux ne l’atteignant pas sont forcément au bord du gouffre.” La création de ces normes génère de l’exclusion.

Liberté, égalité, sexualité

De la publicité aux photos sur les sites de rencontres, l’érotisation du corps est devenu un code de la culture mainstream. On peut donc se demander si ces cours qui valorisent la réappropriation de son image et l’exploration de ses sensations, ne se nourrissent pas, paradoxalement, ce phénomène de sexualisation, de recherche de perfection et de bien-être omniprésent. Ou, du moins, s’ils ne sont pas le catalyseur des contradictions de notre temps.

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Le règne de la pudeur aurait laissé la place à une autre obligation, celle d’avoir une sexualité pour s’intégrer. D’après Ludivine Demol, “ne pas en avoir est socialement dévalorisé, et avec le déclin du mariage, le sexe est devenu le ciment du couple.” En revanche, cette injonction est fortement genrée : “Avoir des relations sexuelles pour un homme peut contribuer à sa virilisation alors que pour une femme, elles devront être l’expression de sa conjugalité.” La mise en exergue de la sexualité dissimulerait une différenciation de “bien-être” masculin et féminin.

Enfin, s’il y a moins de honte à assister à l’un de ces cours sexy et sexos, certains clichés ont la vie dure. Marion, ancienne élève de pole dance, décrit un regard fluctuant d’une sphère sociale à l’autre : « Ceux qui ne voient pas la différence entre pole dance et strip-tease, je les invite à essayer deux ou trois figures ! Si on les écoute, les trapézistes sont des allumeuses et les contorsionnistes, des putes ? » Et que dire des lectrices de Wyylde…

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