17 h 30
Je file acheter une bouteille de vin bio, pas besoin de me prendre la tête quand au choix de la tenue, je sens que le naturisme a déjà conquis ma flemme. J’ébouriffe mes cheveux, je jette un coup d’œil dans le miroir et c’est parti !
Dans le taxi, une légère appréhension commence à se faire sentir, je tente de me raisonner…
Je me répète que je suis une grande fille, je me suis mise nue face à d’autres personnes des centaines de fois, je ne suis d’ailleurs pas vraiment connue pour ma pudeur…
Cependant, l’enjeu est différent cette fois-ci, je ne peux pas me cacher sous l’étiquette du « travail » ni décorer ma nudité. Pas de bas, pas de porte-jarretelles, pas de chemise ouverte, juste mon corps tel qu’il est. Il m’est impossible de cacher mes défauts, il m’est impossible de me travestir en créature, je serai donc Anna, en toute simplicité : toute nue et toute végane

18 h 45
Traverser Paris un dimanche soir, c’est le parcours du combattant, j’en oublie mon stress. Ça y est, je suis dans la rue de l’apéro : j’inspire et j’expire, je suis prête ! J’arrive dans un parking, des jeunes femmes à l’entrée m’indiquent le chemin à suivre. Elles sont habillées, je monte donc les zigzags de ce lieu particulier et je me retrouve devant une dizaine de garçons nus. Je vois un portant de vêtements, c’est le moment…
Je repense à toutes ces fois où j’ai plongé dans l’eau froide, d’un coup net sans réfléchir, plutôt que de me mouiller doucement pour m’habituer à la température. Alors, j’enlève mon jean, mon haut ainsi que mes sandales et ma culotte. Je suis nue. En revanche, je m’autorise à garder mon sac, pour me rassurer un peu. Jérémie, le charmant jeune homme qui m’a convié à cet apéro arrive vers moi, je me détends un peu, son accueil chaleureux et bienveillant me met directement à l’aise. Je lui pose quelques questions avant d’entrer dans la grande salle des festivités.
Il me rassure avec le sourire. J’entre et soudain je réalise que ce n’est pas tant ma nudité ni celle des autres participants qui me surprend, mais l’absence de présence féminine. Il n’y a que des hommes.

« Je repense à toutes ces fois ou j’ai plongé dans l’eau froide, d’un coup net sans réfléchir, plutôt que de me mouiller doucement pour m’habituer à la température. »

Les femmes ne sont pas à l’aise avec la nudité. Les diktats de la presse féminine qui nous poussent constamment à être performante, mince, sexy sans être vulgaire heurtent véritablement la gent féminine.
Je découvre un lieu, qui me rappelle les soirées typiquement parisiennes. Hormis le fait que les invités ne se cachent pas derrière leurs tee-shirts blancs, leurs chemises à carreaux, leurs chemises en jean et leurs chapeaux. Un lieu typiquement hipster, mais sans fards. Dénués de tous artifices, dans le plus simple appareil, les invités se révèlent passionnants. Personne ne parle de fringues, de montres, de boulots ni de voitures. Les gens ne parlent pas d’eux, mais s’ouvrent aux autres. Les conversations s’orientent autour de la tolérance, de l’art, du bien être ensemble.

Je me dirige vers le coin bar, on me sert un verre de rosé, j’y inscris mon nom et j’y colle un joli sticker qui représente une couronne. J’engage la conversation avec un garçon adorable, je lui fais part de ma surprise face à ma solitude féminine dans cette aventure. Je l’interroge, j’aimerais comprendre à quoi cela est dû, mon étonnement est sincère. Il essaye de me donner des éléments de réponses…

« Dénués de tous artifices, dans le plus simple appareil, les invités se révèlent passionnants. »

Après une bonne trentaine de minutes à discuter, nous sommes forcés de faire un triste constat. Les femmes sont plus complexées que les hommes, car elles subissent une pression sociale bien plus forte. Bien sûr, aujourd’hui, les hommes aussi tendent vers un idéal, mais c’est récent. Les femmes subissent des injonctions depuis tellement longtemps que c’est ancré dans leur inconscient. Être complexée, ne pas se sentir à l’aise vis-à-vis de son corps, on nous l’a sournoisement inculqué depuis très longtemps…

La suite de l’apéro d’Anna est dans Wyylde le Mag spécial été.
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3 Réponses

  1. Alexandre

    « Les femmes ne sont pas à l’aise avec la nudité. Les diktats de la presse féminine qui nous poussent constamment à être performante, mince, sexy sans être vulgaire heurtent véritablement la gent féminine. »

    depuis 15 ans je photographie les gens « normaux » avec leurs défauts, handicapes etc… & c’est une galère pour trouver des modèles, surtout quand c’est pas dans le courant « mainstream ».

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  2. Les2coquins54

    Je ne sais pas si j’aurai osé mais bravo ! Pas étonnée non plus qu’il n’y ait pas de femme et c’est vraiment dommage, nous devons toujours être parfaites ou est ce que nous essayons de le croire ? de nous persuader ? Merci pour ce bel article.

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