Il est 11h, je me réveille difficilement après une micro sieste de trente minutes, autant dire que mes batteries ne sont pas rechargées, route de nuit, installation du stand. Pas besoin de coup d’oeil dans le miroir pour savoir que j’ai besoin d’un grand ravalement de façade…

 Le maquillage et la motivation sont les outils primordiaux d’une bonne show girl mais aussi d’une femme qui s’apprête à passer 12h sur un salon de l’érotisme. Après une petite heure, me voilà prête. Mon teint est frais, mes yeux sont charbonneux, je sens bon, mes cheveux sont doux, je suis recouverte de paillettes, grimée et costumé, l’adolescente avachi s’est métamorphosé en arme de séduction massive. A ma façon, je suis une véritable transformiste.

Je retrouve Oliver, qui dirige le stand, il est crevé mais toujours de bonne humeur, son sourire est contagieux. L’une des raisons qui m’a donné envie de participer à ces salons un peu étranges fut bien ce mec tatoué, complètement punk et définitivement adorable. Il bosse sept jours sur sept, réalise pour sa propre boîte de production mais aussi pour les incontournables Jacquie et Michel. On se marre bien, on parle de l’industrie, on jouent un peu aux commères, le tout dans une ambiance bienveillante. Oliver est censé être mon responsable sur le salon et pourtant il est l’un des seuls à avoir compris qu’il ne fallait pas se comporter en flic avec les filles. Je fume quand je veux, je suis libre d’accepter ou non de faire des show privées et je peux me balader autant que je veux sur le salon, sans jamais me prendre une réflexion débile de “boss”. Malgré les apparences, il est tout sauf un mac, très humain, sympathique avec les clients, il les encaisse mais prends aussi le temps de discuter avec eux, de leurs raconter quelques anecdotes de tournages… Nous sommes toutes contentes de travailler pour lui, lorsque le chiffre du week end est mauvais ça nous emmerde quelques fois bien plus pour lui, que pour nous…

Nous sommes situées en plein courant d’air, on va mourir de froid car nous sommes partis pour enchaîner jusqu’à 2h du matin… J’en profite pour enfiler mon nouveau body Maison Close en espérant qu’il me tiendra un peu chaud. Clic, je prends un selfie, je le fais tourner sur les réseaux sociaux pour que d’éventuels fans viennent me demander des show…

C’est à ce moment là que le premier client arrive, un Hollandais, fan de moi, il achète mon masturbateur, une bonne dizaines de dvd puis me prends un petit show: strip tease intégrale.

Il faut savoir que la législation interdit tout acte de prostitution, aucun stand n’a le droit de pratiquer d’actes purement sexuels: aucun contact avec les parties intimes des filles ainsi que des clients. En revanche nous avons le droit de proposer les shows de notre choix et quelques fois même de choisir notre tarif. Je me donne le droit de masser le dos du client avec ma poitrine nue et j’accepte de faire des strip tease intégrales.

Je dirige le client vers la cabine de massage, je commence par danser, je lui demande son prénom puis nous parlons d’Amsterdam. Doucement, je me déshabille entièrement, puis je m’approche de lui, en murmurant, je prononce doucement” did you want a massage,” il accepte, je lui donne un tarif au hasard, je ramène la machine à carte bleu et c’est reparti pour quelques minutes. Le Hollandais est plutôt timide, très impressionné, il balbuti à nouveau quelques mots, je lui masse la nuque en essayant de me montrer rassurante et accessible. Je renonce à le relancer pour un autre show et je le remercie pour cet agréable moment. Ca ne me coûte rien ces quelques marques d’affections: faire une bise, se souvenir d’un prénom et dire merci avec un sourire qui s’avère sincère. J’éprouve une tendresse particulière pour les clients. Il ne me mentiront jamais,  je ne leurs feraient aucun mal, nous ne partirons pas en vacances et ne nous enguelerons pas pour des histoires de vaisselles. Avec eux, je suis douce, gentille et confiante. C’est plus facile, l’enjeu pour moi n’est pas vraiment financier. Je me réconcilie avec moi même en procurant du bonheur aux autres. Et soudain, les fantômes de mes amours s’en vont l’espace de quelques minutes et c’est apaisant.

16h Ma collègue Mya est prête, on se fait un calin, sincèrement contentes de se retrouver,  clic une photo et à l’attaque!.

18h30 K. est déjà dans l’allée vide familière au début de salon, elle branche les passants, avec un sourire, une main autour du coup, avec une voix douce elle propose de passer un joli moment avec une belle fille. La première bande de garçons promets de revenir, il faut savoir qu’il est plus facile de convaincre une personne seule. Lorsqu’ils sont plusieurs, celui qui juge le show trop cher ou inintéressant l’emporte souvent sur les autres.Ca ressemble à du racolage si ce n’est que nous ne proposons pas de services sexuels et la différence est notable.

Certains clients fantasment réellement sur les actrices, ils connaissent nos noms, nos films, ils ont réellement envie de voir un show de star du X. Nous avons aussi nos habituées, ceux qui se déplacent dans un grand nombre de salons, c’est leurs récréation du week end. Je les comprends tellement…je me projette par moments, je les questionne sur leurs vies, quelques fois sur leurs amours. Il peut m’arriver d’être émue lorsque des couples viennent prendre des photos ou des selfies avec nous. J’admire leurs complicité, ils ressemblent à des enfants qui s’encanaillent le sourire aux lèvres et les mains entrelacés.

20h : Nous sommes toutes mortes de froids. Ma mauvaise humeur me pousse à envoyer bouler une journaliste, pourtant sympathique, je culpabilise, j’ai froid. J’en veux à la terre entière, je pense au mec dont je suis amoureuse, je lui en veux…

Je décide de faire plaisir aux vendeurs de tenues et je fais l’acquisition de plusieurs déshabillés de plumes qui avec de la chance me réchaufferont, de retour sur le stand, je remarque que nous avons toutes eu la même idée.

21h30L’un de mes habitués arrive pour un massage, il a le droit à un tarif spécial, on se massent mutuellement et je l’écoute me parler de son travail et du salon.

C’est drôle, il s’est découvert amateur d’actrices X et de strip teaseuse vers l’âge de 40 ans, il en parle comme d’une renaissance, une vie plus trépidante, je ne juge pas, j’essaye de comprendre. Il parle des actrices comme si elles étaient ses petites amies. ¨Je me suis séparé de L…¨ , que répondre à ça ? Rien, juste écouter … Quelques fois, quand il me masse les jambes, je regarde le plafond, la musique est forte et je trouve cette vie étrange. L’impression de regarder un film en immersion, être étrangère à mon corps, je suis souvent spectatrice de ces moments de vies. Et j’aime cette forme d’autisme.

22h57( précisément)

Après le froid, bonjour l’ennui…

On s’emmerde, il n’y a pas d’autre termes… Nous arpentons l’allée devant notre stand, aucun client, quelques couples aux regards froids et à l’air blasé, je me demande si ils tirent la même tronche lorsqu’ils vont à disneyland…

Je n’ai pas faim et pas le coeur à la bière, je vais me ballader sur le salon, je prends en photo un couple BDSM, absolument adorable, on tchatche un peu, ils acceptent gentiment que je les prennent en photos puis repartent au loin vers d’autres aventures.

La suite des aventures d’Anna Polia au salon de l’érotisme de Bruxelles est à retrouver dans Wyylde : le Mag en kiosque depuis le 6 mai !
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