Si vous êtes libertins, l’idée de monter votre propre club vous passera sans doute par la tête. Mais faire de sa passion une activité, si possible lucrative, veut-il forcément dire joindre l’utile à l’agréable ? Pour éviter pièges et déconvenues, il est nécessaire d’observer quelques règles élémentaires. Petit vade-mecum à l’usage des futurs patrons.

Par Pierre Des Esseintes

Merci à Elsa, co-gérante du tout récent club l’Ambassade, de nous avoir éclairer de son expérience pour ce dossier.

1 – Définissez votre positionnement

Les trois piliers de toute création d’entreprise sont : l’inventivité, la motivation, et l’engagement personnel. La recette d’une création réussie, c’est dans la plupart des cas 70 % de travail, 10 % de folie, 10 % de chance et 10 % de carnet d’adresses !

La priorité pour l’entrepreneur libertin (ou pas) est de définir un positionnement clair. Il doit se poser la question suivante : que puis-je apporter de nouveau au marché du libertinage ? Il s’agit avant tout de faire un état des lieux. Souvenez-vous de tout ce que les patrons des clubs que vous connaissez ont pu vous dire.

Crédit : L’Ambassade

Parlez de votre projet autour de vous, notamment à des clients potentiels. C’est comme cela que vous pourrez récupérer de bonnes idées. Cernez les attentes de vos amis libertins. Il est essentiel de savoir sentir l’air du temps. « En ce moment, c’est un peu dur pour tout le monde, concède Elsa, gérante de la discothèque l’Ambassade, près de Tours. Avec mon fiancé, nous nous sommes rendus compte que les libertins autour de nous sortaient en soirées privées, parce qu’ils ne trouvaient pas ce qu’ils voulaient en club. Il fallait trouver un concept nouveau pour qu’ils se sentent comme chez eux. Nous sommes beaucoup renseignés auprès des autres patrons, qui sont devenus des amis. Nous avons décidé de nous positionner sur un créneau haut de gamme, puisque cela n’existait pas dans la région Centre »

Il faut choisir une niche, et s’y tenir. Une niche, c’est-à-dire un concept : discothèque libertine, club échangiste « pur et dur », bar ou restaurant coquin, sauna club…

Crédit : Le Mask

2 – Choisissez un nom porteur

Lancer un club, c’est vouloir créer une nouvelle référence dans le monde libertin. Le choix du nom mérite donc une réflexion approfondie. Là encore, essayez de capter la tendance du moment. Parmi les clubs libertins existants, on peut en retenir plusieurs :

Les mélanges de lettres et de chiffres : le club 100, le 901, le 2plus2, le quai 17, le 113 Avenue, le 288…

Les références à l’histoire ou à la mythologie : La Messaline, La caverne de Venus…

Les références au cinéma ou à la littérature : Le cercle rouge, Le Bilitis…

Et même à la zoologie : le Béluga !

Un nom peut aussi se rattacher à votre histoire personnelle, ou à celle de votre couple. Elsa, qui a suivi une formation en sexologie à Paris, est sortie de la promotion Sade : « avec mes associés, s’amuse-t-elle, nous avons cherché un nom se rapprochant de Sade, qui soit aussi un peu chic. On a trouvé L’Ambassade ! » L’essentiel est que le nom “claque”, sonne comme un label, un concept.

3 – Soignez le financement et les statuts.

Ça y est, votre projet est conçu, réfléchi, vous vous lancez… Il faut maintenant le financer. Il est préférable d’avoir un peu d’argent de côté pour amorcer la pompe. « En effet, confirme Elsa, il vaut mieux avoir recours à l’auto-financement. Pour les discothèques, les bars, les banques sont très frileuses. Pas à cause du côté libertin, non, simplement parce que c’est une discothèque ! »

La mise en place des statuts de l’entreprise n’est pas l’étape la plus complexe. La forme sociale la plus courante pour un club libertin est la SARL (Société à responsabilité limitée). Il y a obligation à s’inscrire au registre du commerce et des sociétés (RC ou RCS). L’activité déclarée par les patrons de clubs n’est pas « club libertin ». Ce type d’activité n’a pas de code APE (classification des secteurs d’entreprises défini par l’INSEE).

Un club libertin se déclare soit en « discothèque » soit en « bar musical », selon le nombre de mètres carrés dédiés à la danse.

Crédit : Wyylde

4 – Respectez la réglementation

« Les réglementations pour ouvrir un club ? Il faudrait quatre classeurs pour les faire tenir ! plaisante Elsa. Un club est un ERP (établissement destiné à recevoir du public) Entre les accès handicapés et la sécurité incendie, les normes sont draconiennes ! Nous avons eu la chance de nous faire aider, notamment par les pompiers. Si l’on ne s’y connaît pas du tout, ou si l’on ne peut pas se faire aider, ça peut vite tourner à la catastrophe ! Mais si on fait les choses dans les règles, que l’on explique bien son projet, il n’a pas de raison pour que ça ne fonctionne pas. Avant d’ouvrir notre club, nous avons eu plusieurs rendez-vous, avec le préfet, la maire, les douanes. Si l’administration veut effectuer des contrôles, il faut que cela soit toujours possible. »

Il est important que connaître les contraintes sur lesquelles la police ne transigera jamais : par exemple, le respect de l’interdiction aux mineurs.

La prochaine étape, c’est d’obtenir de l’administration une autorisation de fermeture tardive. Ensuite, obtenir une licence. La licence IV, particulièrement onéreuse, est celle que choisissent d’obtenir la majorité des établissements libertins. Elle permet de servir des boissons alcoolisées.

Pour échapper à toutes les contraintes juridiques et commerciales, certains préfèrent constituer une société non pas commerciale, mais civile, ou association loi 1901 (à but non lucratif). Les associations ne sont pas soumises aux autorisations de fermeture tardive, mais il leur est interdit de servir des boissons alcoolisées. Certains contournent la loi en versant de l’alcool dans les bouteilles de soda, ce qui est plutôt risqué, car les associations sont très surveillées par l’administration !

Certains clubs donnent une mauvaise image du milieu, en s’établissant en association loi 1901 (non assujettie à la TVA), tout en vendant des bouteilles de champagne à 200 € !

5 – Sachez vous entourer.

Pour être un bon patron, il est nécessaire de savoir s’entourer de bons collaborateurs. Beaucoup de clubs sont des entreprises « familiales ». Si le couple est assez solide, ce système permet une cohésion incomparable. Attention néanmoins à l’usure prématurée d’une relation que peut provoquer la gestion quotidienne d’un club ! Être patron, c’est ne jamais partir en week-end, avoir très peu de vacances (à moins d’avoir beaucoup de personnel)… Travailler dans un métier ou le sexe est roi, cela peut sembler un bon moyen de joindre l’utile à l’agréable, mais pourtant, bien des couples déchantent, assez vite. Dans le pire des cas, un rejet du sexe peut se produire, et par extension un dégoût de la vie libertine. Attention donc !

6 – Choisissez bien vos locaux.

Vous disposez d’un loft en banlieue parisienne, et vous pouvez en aménager une partie, ou peut-être avez-vous hérité d’un vieux corps de ferme en province ? C’est le rêve ! Sinon, il s’agira de louer vos locaux. Ce qui implique d’obtenir l’accord du propriétaire !

Un club libertin ne doit pas être trop grand, ni trop petit. Il ne doit jamais paraître vide, même s’il y a peu de clients. L’idéal est de s’installer dans un lieu modulable. Pensez à vous installer non loin d’un axe routier. Les clients doivent pouvoir se garer facilement.

 L’Ambassade est situé dans une zone d’activités commerciales. «Nous avons repris un local qui abritait une imprimerie, raconte Elsa. Les lieux étaient complètement vides. Les travaux ont duré un an ! Nous avons tout fait nous-mêmes, du sol a plafond ! »

7 – Communiquez !

Elaborez, comme Elsa, une stratégie de communication précise :

« Nous ne sommes pas présents sur les réseaux sociaux, nous n’avons pas de page Facebook, nous limitons volontairement la communication car nous ne voulons pas recevoir des curieux, des voyeurs, bref des non-libertins. Même les femmes seules, qui ne sont pas libertines et qui veulent juste danser, ou se baigner nues, nous les refoulons ! »

La principale difficulté pour un nouveau patron de club est de se constituer une clientèle. Pour ceux qui ont peu de budget pour la pub, il est préférable de disposer d’un carnet d’adresses fourni. Le plus célèbre club parisien, Les Chandelles, a bâti sa réputation sans publicité, en misant sur une sélection draconienne. Cependant, il est douteux que cette stratégie fonctionne encore aujourd’hui.

Crédit : Les Chandelles Lingerie

Certains communiquent sur leur établissement avant qu’il n’existe. La rumeur, le bouche à oreille, peuvent créer un effet d’attente qui fera de l’ouverture de votre club un petit événement. Il existe des guides (le Guide de la France Coquine, de Didier Menduni, éd. Le Petit Futé), des sites Internet et des magazines spécialisés, comme Wyylde, bien sûr… On peut également créer son propre site.

Si les clients affluent dès le début, tant mieux, mais n’oubliez pas que l’essentiel, c’est qu’ils reviennent ! Veillez donc à ne pas pratiquer de tarifs trop élevés. Il est important de bien connaître sa clientèle, une fois qu’elle a commencé à se constituer. Sélectionnez les couples à l’entrée. Il vaut mieux avoir un peu de mal à démarrer au début plutôt que d’accepter n’importe qui. Un couple satisfait vous amènera cinq couples, un couple mécontent en fera partir quinze !

Définissez un dress code et faites-le respecter. En tant que maître des lieux, vous devez contribuer à “donner le ton”. C’est vous qui allez insuffler aux lieux un esprit qui n’appartient qu’à vous. Alors, mettez l’ambiance !

Dernière recommandation, et non des moindres : ne couchez pas avec vos clients, ou faites-le à l’extérieur du club. Les patrons doivent savoir se tenir, et sont dans leur établissement pour travailler, et rien d’autre ! « Nous savons que certains patrons s’amusent avec leurs clients, nous, nous l’avons toujours refusé ! assure Elsa. Nous avons su en profiter avant, maintenant c’est notre métier. Si on veut s’amuser, c’est en dehors des heures d’ouverture !  Nous trouvons notre plaisir dans celui des autres ! »

8 – Alimentez la machine !

Dernière étape : maintenir la machine en marche. Il faut apprendre à se renouveler, trouver de nouveaux thèmes de soirées, de nouvelles formules tarifaires, repenser régulièrement la déco. Vos clients aiment le changement : normal, ils sont échangistes ! N’oubliez pas que rien n’est jamais acquis, même si vous avez réussi à fidéliser une clientèle. Le virage du développement demande au moins autant d’implication que la période de création proprement dite. « Nous avons ouvert il y a quelques mis, explique Elsa, et nous avons fait déjà pas mal de modifications ! Par exemple, nous observons comment les gens circulent dans la salle. Il y a toujours des agencements à modifier. Nous tenons compte également des remarques de nos clients. Même si on pense avoir tout prévu, rien ne remplace les retours de gens. Pour les thèmes de soirées, on regarde ce qui se fait ailleurs, on organise à notre façon… Nous essayons de garder une dynamique, pour toujours surprendre, étonner nos clients ! »

Enfin, dernière recommandation : sachez préserver votre intimité avec votre partenaire. Comme nous le confiait, un soir, la patronne d’un célèbre club parisien : « les patrons de club ont, eux aussi, droit à une vie sexuelle ! »

 

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