2ème partie de l’interview de Christel Le Coq, créatrice de B.Sensory, 1ère appli de livres érotiques connectés à un sextoy via Bluetooth. 

(lire la Part#1)

– Et la jeune génération ?

Bercée par YouPorn, elle est plus ouverte. Pour elle, le sextoy est démocratisé. On ne l’utilise pas forcément, mais on le voit comme un outil permettant de pimenter ou d’augmenter sa sexualité. On ne l’associe pas à une pratique par défaut, réservée aux personnes seules ou désespérées. Par ailleurs, les jeunes sont souvent confrontés aux relations à distance et habitués aux sextos, à l’envoi de photos coquines, aux applications comme Snapchat et aux relations sexuelles via Skype… Le système B.Sensory s’inscrit dans la même logique.

– Mais alors, la libération sexuelle a-t-elle vraiment eu lieu ?

Oui, puisqu’à un moment, on a pu dissocier le sexe de la procréation. On remarque en outre une évolution dans les pratiques. Par exemple, la sodomie qui était tabou est devenue commune. Néanmoins, sur le plan du plaisir féminin, il y a encore du chemin à parcourir. La révolution intime est tout juste en marche. Dans notre éducation, on banalise voire on valorise la masturbation masculine. Au cinéma, ça nous fait marrer de voir des ados se tripoter en se servant de magazines sexy. À l’inverse, il n’est pas rare de réprimander les petites filles : « Ne te touche pas, ça ne se fait pas, c’est sale », ce qui laisse des blocages. Je rencontre beaucoup de femmes qui n’avouent pas qu’elles se masturbent et connaissent mal leur corps donc prennent moins de plaisir. D’autres subissent leur sexualité. Elles acceptent des choses qui ne leur plaisent pas, de peur que leurs mecs se tirent et aillent voir ailleurs. Avec B.Sensory, nous nous intéressons aux mécanismes complexes du désir et nous voulons encourager la masturbation féminine, qui est aussi essentielle et épanouissante que le sexe à deux.

source Flickr

source Flickr

– Qu’est-ce que la littérature a de plus que la vidéo érotique ?

Elle favorise le fantasme car elle ne colle pas d’image. L’excitation se construit dans la projection. C’est plus doux et plus libre que les vidéos de YouPorn qui tuent l’imaginaire. La réalité ne ressemble pas forcément au porno, ce dont les plus jeunes n’ont pas toujours conscience. Dans le processus d’éducation, il est important d’offrir une vision alternative. Les ados doivent apprendre à fixer leurs limites et à dire non. Ce n’est pas normal qu’à 15 ans, certains croient que la fin classique d’un rapport sexuel est une éjaculation faciale. Beaucoup de filles se conforment à ce qu’elles perçoivent comme la norme sans écouter leur désir. C’est un peu effrayant. Pourtant, je ne tape pas sur le X, je ne veux pas le diaboliser ; il y a des films très excitants. Il faut juste ne pas en faire l’unique référent et mettre en avant le « J’ai envie de ».

– Vous avez lancé une campagne de financement participatif qui devait vous aider, mais l’objectif de 20 000 euros n’a pas été atteint.

Nous l’expliquons par différents paramètres. D’abord, nous n’avions pas le droit de faire de la publicité sur Twitter et Facebook. On n’a pas pu y diffuser non plus notre vidéo promotionnelle. Mes amis qui aimaient le projet n’ont pas relayé le lien. Et puis en France, même si on en parle, les gens ne sont pas familiarisés avec le crowdfunding. Ils ont compris le mécanisme, mais restent assez méfiants. On n’est pas dans la culture du risque… La campagne s’est arrêtée au moment où nous commencions à avoir des articles aux États-Unis, au Canada et en Australie. C’est mon grand regret. Avec quelques semaines de plus et d’autres papiers visant un public anglo-saxon, nous aurions peut-être réussi. Malgré cet échec financier, le bilan est positif. Cette campagne nous a apporté de la visibilité, de nouveaux auteurs, éditeurs et investisseurs. Et j’en ai conclu que la survie du projet dépendrait de ma capacité à l’internationaliser. Il me paraît en effet impossible de démarrer sur le marché français.

– L’avenir du sexe passera-t-il par le virtuel ?

p17lu86c3ufh16361uau1gsh3014 (1)

On ne peut pas opposer les livres papier et les livres numériques car ils n’impliquent pas les mêmes usages. C’est pareil pour le sexe réel et le sexe virtuel. On va juste avoir plus de possibilités. Demain, il y aura des vêtements connectés, des sextoys dotés d’intelligence artificielle, et l’Oculus Rift nous entraînera dans des univers parallèles remplis d’hologrammes. Ces objets érotiques et ludiques nous feront découvrir de nouvelles sensations, mais ne remplaceront jamais deux corps qui font l’amour. (Lire la 1ère partie de l’itw de Christel Le Coq)

Par Lula

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.