Par Nassim Jaoui

Pourvu d’une fantasmagorie exacerbée, Patrice Catanzaro aime toucher à tout. À 56 ans, il vit par et pour ses fantasmes. Cette passion, bien loin de le consumer, lui procure au contraire une énergie brûlante et lumineuse. Un feu sacré aussi ardent qu’à ses débuts. Hors de son espace érotique, il s’éteindrait, comme privé d’oxygène. Cet univers fétichiste, Patrice y gravite depuis toujours. Comme suivi par une bonne étoile, il se sent à sa place dans ce monde. Un milieu que le « Mugler du fétichisme » connaît parfaitement et où il trouve son équilibre.

11h06

Créateur dans l’âme, Patrice doit désormais passer beaucoup de temps dans son bureau pour gérer sa société. Une transformation en chef d’entreprise qui ne satisfait pas toujours l’artiste, mais qui a au moins le mérite de contenter, un peu, son hyperactivité. « Designer, couturier, styliste, créateur » : Catanzaro, c’est avant tout une passion.  Une passion communicative dont les effluves contagieuses transparaissent depuis les affiches sur les murs, mais aussi depuis la tenue de Patrice lui-même. Tiré à quatre épingles, ce qui frappent en premier chez Patrice, ce sont ses mains. Ou plutôt ses bagues, avec ses bien nommées « fetish rings ». Un fétichisme jusqu’au bout des doigts, et bien plus encore. Les obsessions de Patrice lui sont littéralement collées à la peau. Sur sa poitrine, il arbore fièrement le tatouage d’un dragon, chevauché par des Amazones dominatrices munies de fouets. Finalement, l’unique moment où Patrice s’évade un peu de son monde et n’a plus besoin de personne, c’est quand il enjambe sa Harley-Davidson, ou sa « Fetish Bike » comme il l’appelle…

12h32

Paradoxalement, en cultivant sa différence, Catanzaro est devenu un nom commun. À travers le monde, on se l’arrache. Fort heureusement, il a le cuir solide. Si Chinois, Américains, Saoudiens, Australiens et Français portent aujourd’hui du Catanzaro, c’est parce que le créateur a su observer attentivement et s’adapter à la demande de chacun. Au total, ce sont 52 pays où le couturier a su tirer son épingle du jeu. Jouer un rôle d’ « éponge » et de visionnaire, en absorbant et en comprenant les désirs de ses semblables. Comme lors de cette soirée fétiche à Bruxelles, dans les années 90, où il remarque un homme ayant toutes les peines du monde à toucher les fesses de sa femme sans faire tomber sa jupe. En effet, avec les fermetures éclairs « traditionnelles », la jupe se dérobait une fois que le coquin la descendait un peu trop. Ennuyeux… mais pas irrémédiable pour Catanzaro qui crée dans la foulée la première fermeture éclair « inversée », aujourd’hui reprise partout.

14h24

Catanzaro voit grand, et parfois, il voit double. C’est d’ailleurs comme ça qu’il envisage le fétichisme de ces vêtements : en deux temps. D’abord, celui-ci se manifeste lorsque Patrice élabore ses créations et imagine avec elles, des scènes, des moments d’excitation et de partage. Puis, dans un second temps, le fétichisme va vivre à travers les émotions vécues effectivement par les personnes ayant revêtu ses tenues. Quand la scène imaginée initialement par Patrice se réalise, c’est le nirvana. Le vêtement va cristalliser et immortaliser sa propre passion mais aussi l’amour de ceux qui le portent. Voilà à quoi carbure Catanzaro. Faire des vêtements pour faire des vêtements ? Très peu pour lui. « Fétichiste de la femme », sa volonté première est de créer un écrin digne du diamant brut qu’elle représente pour lui…[…]

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