Pseudo : Maîtresse Cindy

Métier : domina et résistante artistique

Notre journaliste a collé au cul de Maitresse Cindy toute la journée. Une rencontre surprenante entre fouet, Grèce antique et chaise électrique.

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10h35 – « Qui m’aime et m’a écrit dans la nuit ? »

Depuis dix-sept ans, Cindy exerce dans une ancienne imprimerie aux pierres épaisses, planquée dans un sous-sol du 18ème. Elle se blottit dans son monde, au carrefour des arts, du plaisir et de la pensée. Pas une fenêtre, pas un bruit. Des pièces intimes aux lumières colorées. Une usine à fantasmes. Courtière en art contemporain hier, esprit transversal aujourd’hui, elle endosse d’abord son costume de businesswoman, se plongeant dans ses emails et mesurant son taux de popularité sur les réseaux sociaux.

11h06 – Allô maman bobo

Le téléphone sonne. Un client. « Je reçois sept jours sur sept dans un local équipé, rappelle Cindy. Les horaires dépendent de vos disponibilités… Le latex ? Pas de problème. » Elle attrape son agenda. « Confirmez-moi le matin même, s’il vous plaît. » Expéditive parce qu’elle le connaît.

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A contrario, une première prise de contact demande du temps. « J’ai mon protocole. Je dois déterminer si j’ai affaire à un soumis ou un maso et cerner ses désirs. »

11h41 – Cinquante nuances de Grèce

Avec l’association sm.art, elle organise des rendez-vous environ trois fois par an. En ce moment, elle crée les décors de sa soirée péplum érotique « Cinquante nuances de Grèce ». « Tu ne verras aucune autre domina faire des graffitis dans son donjon ! », plaisante-t-elle avant de dessiner un hiéroglyphe au pastel sur un mur du tombeau égyptien. Le scénario est élaboré en amont. « La table d’élongation sera transformée en sarcophage, une artiste se lancera dans une performance de momification. Les surprises seront nombreuses et le dress code fera place aux beautés antiques. » Ces jeux de rôles accueillent une quarantaine de convives, en priorité des couples, issus de sphères hétéroclites. L’intérêt réside dans l’humain. « On ne veut aucun laissé-pour-compte. Pour les quelques novices, c’est une initiation douce au BDSM, pas un truc hardcore rouge et noir. »

Maîtresse Cindy ©Guilhem Malissen

Maîtresse Cindy ©Guilhem Malissen

12h01 – Centinex

Cheveux longs, lunettes discrètes, Centinex est l’archétype du métalleu-geek. Développeur web, graphiste, monteur, musicien, collectionneur de bornes d’arcade et de flippers, il revendique sa pluralité.

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Maîtresse Cindy – Crédit photo : Guilhem Malissen

Il a rencontré Cindy lors d’un dépannage informatique. Depuis, il est devenu son webmaster et gère les tâches relevant du « virtuel ». Un tandem complémentaire. Ce matin, il conçoit les scénographies qui seront projetées dans le temple grec. Cindy l’interrompt : « Centi, tu es prêt pour la séance photo ? ». Et lui, de répliquer : « Je vous rejoins dans
l’arène. ».

12h18 – Rituel esthétique

Cindy a l’habitude de changer de tenue plusieurs fois par jour. Face au miroir de la salle de bains voûtée, elle plaque ses cheveux en arrière et ajuste le costume de gladiateur sexy qu’elle portera à la soirée « Cinquante nuances de Grèce ».

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12h27 – Entrée dans l’arène

Centinex tient l’appareil photo, Cindy le fouet. Les images produites serviront à teaser l’événement. Il la guide d’une voix calme :

« Les jambes un peu écartées, comme ça… Avec un air sale… Rrrrr, pensez au vilain fauve à dompter ! ».

Elle prend la pose et lui lâche un « Canaille ! » plein de tendresse.

Maîtresse Cindy - Crédit photo : Guilhem Malissen

Maîtresse Cindy – Crédit photo : Guilhem Malissen

14h13 – Sur la corde raide

Maîtresse Cindy - Crédit photo : Guilhem Malissen

Maîtresse Cindy – Crédit photo : Guilhem Malissen

Une musique rock envahit le cœur du donjon. Vêtue d’une robe en dentelle noire et d’un corset violet, Cindy avance une corde à la main. Le bruit de ses talons épouse le rythme. Elle toise son client, lui enfile un sac en toile de jute sur la tête et lui ordonne, suave et ferme : « Mets tes bras derrière la nuque ». Séquence bondage. Elle emprisonne son torse nu, gravitant autour de lui selon une chorégraphie bien étudiée.

« Majoritairement masculine, ma clientèle est très variée. Le BDSM, c’est comme un sport. Tant que le corps et l’esprit sont disponibles pour lui, il n’y a pas de limite d’âge, » explique-t-elle tout en parachevant son travail de dentellière.

 

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14h33 – Petite mort

Chaque séance dure 1h30 minimum et suit un fil conducteur. Cet après-midi, Cindy a imaginé un jeu de piste dans le cimetière de Montmartre. Après s’être recueillie sur la sépulture de Gilbert Lely, le biographe du Marquis de Sade, elle jette son dévolu sur une tombe flétrie par le temps. « Agenouille-toi ! » Elle attache son sujet à la structure rouillée, resserre les liens, lui glisse des mots durs.

Maîtresse Cindy - Crédit photo : Guilhem Malissen

Maîtresse Cindy – Crédit photo : Guilhem Malissen

17h12 – Récréation

Cindy déguste des tartines de miel pour le goûter. « J’élève des abeilles en province, » confie-t-elle entre deux bouchées. Requinquée, la reine se lève – elle n’arrête jamais – et nous présente les pièces maîtresses de son donjon. Elle a fait fabriquer une machine unique en son genre, « La fouetteuse », et une chaise électrique dont elle se sert lors d’interrogatoires ludiques, le voyant lumineux passant du vert au rouge en fonction des réponses. Pour le reste de ses ustensiles, elle se fournit chez les boutiques spécialisées, les antiquaires… et au BHV !

18h05 – Opération finale

 

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Un patient est étendu sur la table chirurgicale. Du haut de ses plateformes blanches, Infirmière Cindy enfile des gants en latex et ouvre sa boîte à outils. Elle s’empare d’une pince à tétons japonaise. L’homme ne bouge pas d’un cil. Elle enclenche la vitesse supérieure. « Je vais lui envoyer des décharges électriques avec cet appareil. L’intensité est modulable. » Des petits éclairs jaillissent.

« Loin d’être glauque, le SM est un exutoire qui permet de lâcher prise et de se fixer des défis. J’en apprends beaucoup sur l’être humain à travers ce métier. Ma démarche est presque sociologique. Mais je suis une praticienne, pas une théoricienne ! »

 

Maîtresse Cindy - Crédit photo : Guilhem Malissen

Maîtresse Cindy – Crédit photo : Guilhem Malissen

Maîtresse Cindy - Crédit photo : Guilhem Malissen

Maîtresse Cindy – Crédit photo : Guilhem Malissen

 

Sur la toile : maitresse-cindy.com / collectif.smart.free.fr

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