Prénom : Nephael

Métier : Animatrice et reporter de l’émission Enquête Très Spéciale (sur D17)

Age : 28 ans

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11h On débarque dans le salon, ou plutôt devrait-on dire dans la grande chambre. Éclairage tamisé, tenues légères. Les flashs d’euphorie de quelques paparazzis improvisés se succèdent dans leurs plus simples appareils (téléphones portables, etc). On longe le marché : il y a le stand de fruits sexe, secs pardon – sans doute pour contrebalancer avec l’humidité de l’endroit – ou encore quelques sous-vêtements au cas où il ferait trop chaud. Nephael se retrouve à peu près comme dans un lycée où elle serait la fille populaire ; une multitude de baisers s’écrasent sur ses joues. C’est un échauffement avant le marathon immobile : une bonne partie de la journée, elle va devoir rester assise à son stand pour rencontrer ses admirateurs. Pas le temps de se poser, il va lui falloir poser. Non-stop.

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11h30 Arrivés à la table des dédicaces. Pour filtrer un peu les sollicitations, le stand est placé « à l’écart ». Le problème, c’est qu’autour se dégage un grand espace vide et, à quelques sauts de marelle, la scène règne au centre – soit the place to be pour s’insérer dans la fil d’attente qui mène au point G d’arrivée : le sourire de Nephael. A quelques hauteurs des magasins de jouets, de masques vénitiens, de poupées ou de petites culottes 69, l’égérie de D17 trône comme un soleil. Certains fans rougissent, tremblent, comme après avoir attrapé un coup d’amour. Certaines groupies comparent leurs petits mots, leurs photos, échangent des fluides d’yeux qui brillent, comme un fanclub échangiste. Bon dimanche, on vit un remake de L’École Des Fans. Nephael y incarne la maîtresse, oui.

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12h15 Sur l’estrade, le maître de cérémonie empoigne et agite le micro (phallique). On s’entend à peine parler de la veille où Nephael enregistrait son Enquête Très Spéciale ici même. Elle m’explique les difficultés du tournage : « A un moment, un mec m’a demandé de soulever ma jupe pour une photo, j’ai refusé ; il est parti en faisant la gueule. Si je n’ai pas envie de montrer mon corps, je ne le montre pas, c’est tout. Cela dit, les harcèlements restent rares, la plupart des gens restent gentils et© Cathy Calvanusbienveillants.» Alors, histoire de satisfaire cette catégorie majoritaire, Nephael reprend illico le stylo (phallique).

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12h30 Une créature au genre indéfini apparaît sur la scène, par derrière ; on en aperçoit la silhouette de dos. On pivote pour que l’image se réajuste dans le bon sens. La fumée bleue en brouillard aphrodisiaque, mixée aux vapeurs électroniques de la photographe, n’aide pas à y voir plus clair. Un début de notes de piano retentit, c’est Kery James, un rappeur pas trop réputé pour ses positions hédonistes, du moins celles qu’il prône ne figurent pas dans le Kamasutra (« le pire dans le rap, ce sont ceux qui font l’apologie du sexe » a-t-il déclaré il y a quelques années). Passer Kery James ici, c’est comme caler du Morrissey – auteur de Meat Is Murder – au Salon de la chasse, ou Village People à un meeting de Christine Boutin, c’est saugrenu.

13h Des mecs se pointent. Puis des couples. Ils font dépasser la ligne d’attente, longue comme un bras pendant un selfie, ça part non pas en vrille mais en biais, ça crée un barrage à l’issue de secours. C’est Nephael qui fout le feu mais personne ne voudrait sortir. Les photos avec la main autour des hanches s’enchaînent, style pubs Kooples, à sous-titrer ici par « En couple depuis maintenant ». Une entorse au règlement : l’amour dure 3 secondes. Pour continuer dans les chiffres, quand certains proposent de laisser leur numéro, Nephael suggère d’aller demander à son mari ce qu’il en pense. Ça calme. On va prendre une bouffée d’air et de nicotine. Le coin fumeur donne une vue sur l’aéroport du Bourget : des avions et des fusées pointent vers la touffe blanche des nuages. Un voisin guilleret fait part de son interprétation : « C’est pour s’envoyer dans la lune ! ». De retour à l’intérieur, je retire mes lunettes de soleil, Nephael s’éclipse.

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14h10 Le stand est vide. Nephael a un rendez-vous professionnel. Je m’assois à sa place. Si aucun visiteur ne me confond avec elle, quelques-uns me prennent pour un responsable du salon. Un couple me demande où se trouve le coin pour « faire des câlins » et revient contrarié, m’annonçant que c’est inenvisageable à cause des élections qui approchent. Ah. Je lève les yeux, reluquant les énormes pancartes « Interdit de Fumer » avec une clope barrée ; si je faisais partie du staff, je préciserais aussi qu’il est « Interdit de Copuler » explicité par un dessin de chibre rayé. Au Salon du livre, on a le droit de lire ; au Salon des Seniors, on a le droit d’être à la retraite ; au Salon de l’érotisme, on n’a pas le droit de baiser. Un peu le monde à l’envers, hein, comme un 69 mal accordé.

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15h Cette fois, deux sexagénaires extravagantes me prennent à parti : « Il n’y a pas de show pour les femmes ici, il n’y en a que pour les mecs ! » ; j’acquiesce à ces sages paroles. Quand on ne peut pas se rincer pas l’œil, on pleure. Nephael réapparaît, on se procure un sandwich, phallique, c’est un hot-dog ; elle récupère une sucette (pha… non, c’est bon).

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16h30 Un fana fada déboule, c’est Thierry de Toulouse. Le garçon offre des chiots en peluche à Nephael, c’est chou, en plus d’être un cadeau utile : pour mordre les fesses de ceux qui insisteraient un poil trop pour que la belle exhibe les siennes. Thierry : « Elle est  plus que professionnelle ». Et lui visiblement plus qu’amateur, ça fait 5 ans qu’il la suit. On se sent petits joueurs ; nous, ça fait seulement 5 heures. On évoque les rapports tendus comme un string entre la France et la sexualité, on soulève la frilosité sous sa jupe tricolore décomplexée. Liberté sexuelle, mon cul. On termine sur le voyeurisme. Ici, s’il y a des voyeurs, il y a aussi – surprise – un voyant. Place aux prédictions. « Ça c’est bien pour le salon du tricot » glisse Hez, le mari de Neph’ – oui, il l’appelle par le diminutif de son pseudonyme. Ça fait 12 ans qu’ils sont ensemble, Hez ajoute qu’ils ne se séparent jamais. En fait, c’est lui qui est 24h collé aux fesses de Nephael. La différence, c’est que c’est tous les jours.

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17h La piste est désormais occupée par une fille portant le même nom que la chanteuse de Free From Desire. « Voici Gala » pourrait hasarder l’animateur mais le bougre opte pour l’inépuisable « On s’épile, on se fait une touffe » ; manifestement un homme qui sait bien faire l’humour. Les chiots rient aux éclats. On part se balader. Après avoir croisé le regard aguicheur de godes sous plastique (on ne parle pas ici de capotes mais d’emballages), on croise Analys, l’égérie du salon, avec laquelle Nephael s’acoquine dans un igloo phosphorescent conçu pour les strips. On passe devant la Chambre Rouge, là où ont lieu les rencontres avec le milieu du X : le secteur est rempli, à craquer, comme le vestiaire d’une boîte à partouzes.

 

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18h30 Retour à la case départ de ce Monopoly érotique : le stand de Nephael. Un énième fan se claque les joues, le front, en bref, se tabasse la gueule comme pour bien se confirmer qu’il ne rêve pas. Nephael lui a tapé dans l’œil sauf que c’est lui qui s’administre la punition. Pendant ce temps-là, un couple me demande où sont où les chippendales. Me confondant intérieurement en excuses (du fait qu’il n’y en ait pas), j’assure qu’ils sont juste là-bas, pointant du doigt les armoires à glace de la sécurité.

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20h Nephael souffle, remballe le matériel. Avant de partir, un dernier mot à propos de son « rôle » à la télé ? « Je veux désacraliser le sexe et, pourquoi pas, apporter des conseils ; à mon niveau – je ne suis pas Brigitte Lahaie. Je tiens à garder l’aspect marrant, j’espère ne jamais être vulgaire… Je le fais comme je le sens. Et… qui m’aime me suive ! ». Nous on l’aime, vraiment. C’est sans doute pour ça qu’on l’a suivie.

Photos : Cathy Calvanus

 

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