Prénom : Miguel

Métier : responsable de la plus grande boutique fétichiste de Paris.

Age : 35 ans.

11h30 : Lever de rideau. Miguel ouvre la boutique aux clients. Il en tient les rênes depuis presque cinq ans. Située dans le quartier de Ménilmontant, aucune vitrine aguicheuse. Difficile d’imaginer derrière cette façade plutôt discrète, un gigantesque entrepôt entièrement dédié au plaisir. A l’intérieur, son équipe s’active. Tous les jours, elle reçoit de nouveaux produits qu’il faut déballer, étiqueter, mettre en rayons. Depuis 26 ans, la boutique Dèmonia règne sur le marché du fétichisme à Paris.

11h30

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11h45 : Le made in China, non merci ! C’est bientôt Noël. Miguel reçoit de ses fournisseurs cartes de vœux et boîtes de chocolats, qu’il découvre avec Morgane, sa jolie vendeuse. La boutique achète à une vingtaine de fabricants, principalement français et européens. Il faut avant tout garantir la sécurité du client et souvent les produits en provenance d’Asie ne sont pas aux normes. S’il devait arriver que des clients se plaignent de sex toys, difficile de se retourner contre les fournisseurs chinois, « il l’aurait dans le c.. ! » C’est le cas de le dire… Miguel se donne du mal pour dénicher toujours plus de nouveautés : une veille de tous les instants, sur le net, sur les blogs ou même en discutant avec les clients.

11h45

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12h : une question de taille. Derrière l’entrepôt dédié à la vente, les bureaux. Guillaume est le directeur de la communication. Avec Miguel, ils se connaissent depuis 20 ans. Son boulot, entre autres : mettre en ligne les articles en vente sur le site de la boutique. Chaque jour, il mesure des dizaines de godemichés pour s’assurer que la longueur de pénétration correspond bien à celle indiquée sur le packaging. Et là je découvre éberluée que certains peuvent aller jusqu’à 45 cm. Le nom (bien trouvé) de l’un de ces godes géants: Intimidator.

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12h30 : Je rencontre mon premier client. Un homme d’une cinquantaine d’années, venu des îles. Il profite d’un voyage d’affaires dans la capitale pour faire son marché de jouets coquins. Là d’où il vient, tout le monde se connaît : difficile d’acheter en toute discrétion. Quant à la vente par correspondance, les frais de douane sont si élevés que ce n’est même pas la peine d’y penser. Il sait ce qu’il veut : un sex toy pour sa femme, appelé womanizer. Un best seller qu’il a repéré sur le net pour stimuler le clitoris sans l’engourdir : huit niveaux d’intensité modulable par simple pression d’un bouton. Lui-même m’en fait l’article : en 3 secondes, c’est le 7eme ciel garanti…

La plupart des clients viennent ici totalement décomplexés, même si Ben, l’un des magasiniers me confie que certains prennent parfois des précautions un tantinet ridicules. Il se souvient notamment de l’un deux, long imper noir, lunettes de soleil et casquette vissée sur la tête, venu simplement pour acheter quelques vidéos !

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12h45 : Les femmes aussi s’y mettent. Pénélope est une jolie trentenaire aux cheveux roses qui travaille dans la finance. Habituée des lieux, elle fait direct la bise à Miguel. Dominatrice assumée, même si elle ne veut pas qu’on photographie son visage, aujourd’hui, elle vient renouveler son stock de gants en latex. Depuis quelques années, notamment avec le succès de 50 shades of Grey, l’image du BDSM a changé. Plus sexy, il attire désormais de plus en plus de filles. Penelope elle, n’a pas attendu la sortie de ce best seller pour aimer ça. Elle a découvert le BDSM à l’âge de 20 ans grâce à un clip des Sex pistols. Surprise, je découvre que comme de nombreuses femmes, elle préfère être conseillée par un homme qui lui parle de son vagin plutôt que par une vendeuse femme qui aurait elle, tendance à mettre en avant ses propres goûts, pas forcément les mêmes que ceux des clientes.  

12h45

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13h : pause déjeuner. L’équipe part en décalé afin de toujours laisser quelqu’un en boutique, même si en général, le gros des clients arrive en fin d’après-midi, aux heures de fermeture des bureaux. Direction un petit resto du bout de la rue avec Yann, nouveau venu que Miguel forme pour en faire son adjoint et Guillaume, le dir com.  A la carte aujourd’hui, un menu de circonstance : boudin blanc aux pommes… et évocation de vieux souvenirs. Car la team de Dèmonia, c’est avant tout une histoire de potes.

Dans une autre vie, Miguel bossait dans une agence de communication, avant de créer sa propre marque de tee shirts. Des tee shirts à slogans qu’il avait imaginés, au départ, pour lier conversation dans les bars : « master/slave », « I love BDSM » … L’un de ses principaux clients devient vite la boutique Dèmonia. A l’époque il a 22 ans. On lui donne deux invitations pour la fameuse nuit du même nom. Il cherche quelqu’un pour l’accompagner. Tous ses potes se défilent, sauf Guillaume. Ce milieu, ils n’y connaissaient rien. Sourire aux lèvres, il se souviennent qu’il avaient peur de se faire fouetter. Depuis, pour rien au monde, les deux amis n’en manqueraient une. Et des années plus tard, quand Miguel peut offrir à la boutique un poste de dir com, c’est tout de suite à Guillaume qu’il le propose.   

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14h : Prêts à partir. Avec Ben, Miguel contrôle que les articles vendus sur internet sont prêts pour l’expédition. Destination, la France, l’Espagne, la Suisse, la Belgique ou encore les Dom Tom. Sur le bordereau de livraison, pour plus de discrétion, aucune mention de la boutique. Pour la douane, il sera juste écrit « loisirs et détentes ». Idem pour la facturation du client. Difficile d’imaginer sur un relevé bancaire, que derrière la société « comedit » se cache en réalité l’un des plus gros sex shops d’Europe. Miguel, comme beaucoup, mise de plus en plus sur la vente en ligne, plus rentable. Car les bénéfices des ventes en boutique sont eux, taxés à plus de 60%. Une politique que Miguel a du mal à comprendre, alors que selon lui, vendre sex toys et accessoires SM, c’est faire mission de salubrité publique !

15h : Rosebuds are forever. Derrière une vitrine, les accessoires de luxe, des bijoux d’anus tellement jolis qu’on les mettrait limite en déco dans son salon. Certains sont même ornés de cristaux signés Swaroski. Miguel milite pour une sexualité épanouie, « la première source de bonheur étant dans le sexe ». Rien n’est trop beau pour le plaisir. A son arrivée, Miguel a voulu renouveler l’offre de la boutique. Du ruban en satin (ce qui se vend le plus aujourd’hui) aux accessoires de luxe, ici, il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets.

15h

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15h30 : Nouvelle livraison. Comme une enfant qui déballe ses jouets, je découvre avec Miguel les dernières nouveautés, notamment une poudre qui transforme l’eau en gelée pour un bain ultra-sensuel.

16h : Rencontre avec Anna, très jolie fille de 20 ans, égérie de la boutique. Tout juste arrivée de Grenoble, à l’entrée du magasin, elle fait sensation. A l’intérieur, son portrait s’affiche parmi d’autres, en quatre par trois. Elle est l’une des modèles photographiées par Miguel pour le calendrier annuel de la boutique. « Soumise ou dominatrice, ce qui me plaît dans le BDSM, c’est que les femmes sont toujours mises en valeur par les vêtements ou par les poses, elles sont toujours belles ».

16h

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17h30 : On se sent bien chez Dèmonia. Je fouine dans les étals, sans doute l’air tellement  à l’aise qu’un bel homme de 40 ans se dirige droit sur moi pour me demander « un corset avec plein de sangles ». Incapable de l’aider – il me faudrait une bonne semaine pour m’y retrouver dans tous les modèles proposés – je le dirige vers Yann.

18h : Sortie des bureaux, effectivement les clients sont de plus en plus nombreux. Pas de profil type, il y en a de tous genres : du jeune homme de 20 ans en quête de sensations fortes au couple échangiste qui vient une fois par mois, en passant par le banquier en bas et talons d’au moins 10 cm. J’admire son aisance à marcher avec. Juste une question d’entraînement, me répond-il un brin condescendant.

18h

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19h30 : Champagne et macarons pour fêter la sortie du calendrier Dèmonia 2016. Une trentaine d’invités sont attendus. L’une des premières arrivées s’appelle Brigitta, elle a 27 ans, elle est roumaine.  Etudiante en BTS de gestion, elle est aussi serveuse dans un bar du cinquième arrondissement. Elle doit commencer son service dans une heure, mais pas question de louper la sortie du calendrier. Miss février, c’est elle. C’était la première fois qu’elle posait dévêtue, c’est la première fois qu’elle voit sa photo. Ravie du résultat et émue, c’est la première fois qu’elle se trouve belle. Merci Miguel.

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19h30

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20h : Miguel retrouve sa fiancée, Psy. Ils se sont rencontrés il y a 7 ans lors d’une croisière fétichiste. Un coup de foudre mutuel, qu’ils ne se sont pourtant avoués que 9 mois plus tard. Psy, c’est la jeune femme qui illustre chaque année, en juin, l’affiche de la soirée Dèmonia. Juin, c’est aussi le mois de naissance de Miguel. Alors forcément, il y fait encore plus attention : c’est toujours elle qu’il photographie pour incarner son mois de naissance.

20h

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21h : Le calendrier fait des émules. Parmi les invités, Billy K., collaboratrice de Wyylde, demande à Miguel si elle pourrait poser pour le prochain. Dans les allées, une nouvelle recrue passe en revue les modèles. A 25 ans, Loïse va bientôt troquer sa blouse d’opticienne pour celui de vendeuse Dèmonia. Elle doit commencer à la boutique début janvier. Le brief de Miguel: « Mon boulot, c’est d’attirer les clients, ton boulot, c’est de faire en sorte qu’ils reviennent». Moi, je signe tout de suite.

21h

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Modèle : Ceriz Vodka © Miguel

Modèle : Ceriz Vodka © Miguel

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