Prénom : Octavie
Nom : Delvaux
Métier : Auteure érotique

Rosario Ligammari a passé 24 heures collé aux fesses de la sémillante Octavie Delvaux, auteure érotique. Suivez le guide !

Octavie70

10h

Un auteur, c’est difficile à suivre, ou plutôt non, c’est très simple. Entre le salon et la cuisine, il passe son temps devant l’écran d’ordi affublé de cette pomme qui rappelle le fruit défendu. Comme un acteur porno, l’auteur peut changer de position : à 10h59, il décroisera sans doute sa jambe engourdie ; à la lune tombée, il ira peut-être se masturber. Dans un salon de thé croquignolet du XVème arrondissement, nous retrouvons Octavie Delvaux, grande auteure, grande hauteur : le talent, les talons. Une élégante robe couvre son cœur pervers, pour paraphraser son nouveau recueil de nouvelles.

Octavie6

10h15

L’ouvrage est posé à côté des miettes du petit dej’, il brûle les doigts, la langue, puis le bassin, on l’avale d’une traite, il nous excite, il est voluptueux, trouble ; comme notre café. Pendant que nous buvons la tasse, notre écrivaine annonce qu’on aurait pu aller à la piscine, beaucoup de ses idées remontant à la surface depuis le bassin. Quand Octavie dit qu’elle est sous l’eau, c’est qu’elle a du boulot. Sûr qu’on aurait eu du mal à la suivre sur les grandes longueurs. Mais certain qu’on aurait été sexy avec un bonnet en latex.

11h

On discute de ses textes : des contes de fesse qu’on lit avant d’aller au lit. Les montées sexuelles prennent leur temps, les filles, leur pied. Des histoires pour les femmes-des-années 2010-jusqu’au-bout-du-pubis autant que des guides pour les hommes qui désirent les pénétrer psychologiquement. Désormais directrice d’une collection girly dirigée par La Musardine, Octavie veut s’extirper des fantasmes phallocentrés dominant un pan de la littérature érotique. Dans ses écrits polissons, Octavie a été sévère avec les hommes ; dans ses choix éditoriaux, elle sera sans pitié avec les femmes. L’auteure d’Osez Dresser Votre Mari s’y connaît en correction. Je pose sur la table une boîte de Pandore muni de papiers-questions pliés en quatre (parce que ce qu’il y a inscrit dessus est parfois drôle) à tirer au sort d’une main innocente. Le premier parle de porno féminin. Nous dissertons sur Courtney Trouble puis pensons à cette plaie de James Deen qui se proclame féministe en strangulant un peu trop de la nénette. C’est lui qui mériterait une bonne correction.

12h

En vrai, on connaît mal Octavie : dans ses livres, elle monologue peu sur son vagin. Pas trop férue d »autofiction, elle s’inspire de ses copines et de… sa tante, modèle top. On file dans un grand square, son jardin secret des délices. La vie tourne au ralenti comme ces silhouettes qui font du taï-chi. Octavie s’allonge sur des rochers qui forment des coussins osseux. Le soleil regarde de haut. Sur un banc, Octavie se lèche l’index, tourne les pages d’un Wyylde plus sexy que le paysage musclé des promeneurs solitaires. Dans le terrain de jeu, l’espiègle chevauche un poney jaune décrépi et ondulant, opère des va-et-viens vers son enfance. Octavie a beaucoup voyagé, notamment à l’Île Maurice. Issue d’une famille tradi, elle n’a pas eu une volonté de transgression particulière ; juste une pulsion de révolte quand elle voyait sa mère – pourtant une forte tête – en découdre avec son père un poil macho. De là à y voir par la suite une envie de légère vengeance sur la gent masculine, il n’y a qu’un pas psychanalytique. Que nous franchissons vers la fontaine de jouvence pour y mirer son reflet, à travers le tourbillon écumeux de l’eau bleue. On s’écoute se taire.

Octavie46

13h45

Marché des fruits : pommes d’amour, oranges pulpeuses, poires en sein… On passe devant le fleuriste qui a sûrement dû aller s’approvisionner dans le parc où nous flânions. Certains pétales feraient de jolis marques-pages. On pousse la porte de la librairie, apercevant Octavie Delvaux de dos ; il s’agit de son nom sur les étagères. Un personnage féminin fétiche ? Marie-Antoinette dont elle évoque la relation textuelle avec le Comte de Fersen. En retranscrivant des SMS et des mails, Octavie pratique elle-même une forme d’épistolaire moderne. En plus d’avoir participé à l’ouvrage collectif Lettre A Mon Utérus, A Cœur Pervers démarre par la lettre d’une inconnue (oui, comme chez Stefan Sweig) : une love story qui s’arrête là où elle aurait pu commencer. Un peu comme les émois adolescents de notre romancière : « Il y avait un fossé entre ce que je fantasmais et ce qui se produisait. Je me souviens, un jour, j’avais léché le timbre d’une lettre envoyée par un copain de mon frère dont j’étais secrètement amoureuse ! » dit-elle, en ravalant une salive imbibée de nostalgie. Une anecdote qui ouvre l’appétit.

Octavie41

14h30

Un restaurant coréen, un verre de blanc. « Je ne bois jamais à en être ivre morte » dit-elle en menant ses légumes à la baguette. On pioche un papier : à quand l’adaptation ciné d’un de tes livres ? Super : Octavie co-scénarise Sex In The Kitchen (Vimala Pons et Bérangère Krief pourraient y incarner les filles délurées), histoire de foutre un coup de talon dans Les Valseuses ou de tordre le cou aux Cœurs des Hommes et la bite aux Infidèles, cette tradition de cinoche hétéro-beauf. Dans son best-seller, il y a le fameux jeu « tu préfères ? », des dilemmes trash et rigolos. Octavie me met à l’épreuve. D’abord elle me questionne sur l’aliment que j’aime le plus sur la table : les gyozas. Et le moins ? La sauce salée. Ok. Pointant de l’ongle une nana un peu euh…vulgos, elle me demande si je préfère coucher avec en sachant qu’elle aurait des raviolis à la place des tétons ou la lécher elle, Octavie, alors qu’elle sécréterait une marée de sauce salée ? Sans hésitation, le sel, à en être ivre mort.

15h45

Sur la route jonchée de quatre roues – des landaus – on parle du féminisme en tant que gros mot pour une certaine jeunesse. Octavie raconte l’époque où elle était enseignante à la fac de Paris XIII : « Dans les milieux favorisés, ça s’avérait souvent inutile de leur parler de féminisme. Dans les milieux plus défavorisés, il y avait plus de sensibilisation. Je crois que c’est dû à un vécu de jeunes issus de la monoparentalité qui voient leur mère se lever pour aller faire des ménages, par exemple… ». On poursuit sur les ados et le sexe : A Cœur Pervers est « réservé aux adultes », pourtant c’est ce genre de livre qu’ils devraient lire au lieu de s’abîmer le poignet sur des mauvais pornos. Cela dit sans aucune morale professorale.

Octavie56

17h

Nous voici dans un hôtel mystère pour un 5 à 7 assis et habillés. Question : tes lectures en public, c’est de l’exhibitionnisme verbal ? Octavie se souvient de sa première intervention dans le club SM Cris Et Chuchotements ; une lecture mise en bouche comme du poppers qui dilate l’imagination avant les ébats. Flash-back d’autres séquences SM : ce mec léchant le sang qui perlait le long de l’échine d’un de ses soumis ou ce couple de handicapés mentaux dont la fille fistait son partenaire sans préparation, soit sans même lire le paragraphe d’un livre d’Octavie. A côté de nous, interférence sur les banquettes : une fille de la télé-réalité livre ses confessions à la caméra. « Explique, à nous qui sont pas au courant… » (sic) lance l’intervieweuse. Nos oreilles saignent.

Octavie73

19h30

Librairie La Musardine, rencontre avec Octavie et Ovidie. Tout le monde écoute. Dans la salle, les regards en disent longs et les mots n’en disent pas assez. Entre deux crocs de fraise, sur la page vierge, Octavie laisse un petit mot, une signature, comme un suçon indélébile. C’est agréable pour le lecteur de voir le visage d’un écrivain après avoir passé du temps dans sa tête. Et lécher le timbre de sa voix. Enfin la voir, elle, vers 22h59, décroiser une jambe engourdie… Octavie Delvaux, auteure qui est facile à suivre quand elle ne fait pas de crawl dans l’eau chlorée mais dont il est difficile de se séparer quand elle fait claquer ses talons au loin une fois la lune tombée.

Octavie48

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.